AD Noctum, de Lamarque et Portrait

Dans un futur plus ou moins lointain, l'entreprise globale Genikor fait en sorte que son slogan "Chaque jour nous donnons la vie" soit une réalité du quotidien. Grâce à la génétique, elle régit la vie de chaque citoyen/consommateur en repoussant les limites de la mort. Elle fabrique des super-soldats pour mener la guerre, des clones pour toutes les tâches domestiques, surtout les plus inavouables. Même l'ennui est géré par cette entreprise qui a tout prêvu : la filiale Zaroff organise des chasses aux animaux préhistoriques issus de manipulations génétiques... 

En ces temps sombres où des esprits chagrins nous annoncent une Science-Fiction moribonde, délaissée par le lectorat au profit de littératures plus faciles d'accès comme la Bit-lit ou la Fantasy, que penser de ceux qui continuent à en publier ? Que penser de ces éditeurs qui publient non pas un, mais bien deux auteurs totalement inconnus, français de surcroit ? Est-ce de l'inconscience, du courage, de l'abnégation, ou juste une bravade face à un système qui réclame toujours plus de rentabilité ? Depuis que je suis régulièrement (sans pouvoir tout lire, à mon grand regret) les publications de la collection Lunes d'encre, j'ai eu le temps de me faire une petite idée. Et c'est seulement en achetant  mon exemplaire de ce livre paru en janvier 2012 que cette petite idée est devenue pour moi une évidence : les quatre à la fois !

AD Noctum n'est pas un roman à proprement parlé. Il s'agit plutôt d'un recueil de nouvelles, neuf pour être précis, divisé en trois parties inégales. Sur un peu plus de 300 pages, les deux auteurs bordelais nés tous les deux en 1972 nous offrent neuf visions d'un futur tout à fait crédible, où la gestion de la société dans son ensemble a été privatisée. Genikor est une société transnationale qui, grâce aux manipulations génétiques, régit absolument toute la vie des gens, du moment que ceux-ci sont prêts à perdre un peu de liberté. Après tout, si on nous offre la fin des maladies, des désagréments de la grossesse, l'immortalité (ou presque), pourquoi pas ? Et pour ceux qui ont été traumatisés par la guerre, Genikor est même en mesure de leur effacer la mêmoire, histoire de repartir de zero...

La grande force de ce livre réside dans le fait que les auteurs nous donnent à lire neuf nouvelles totalement différentes les unes des autres, tant dans la forme que dans le fond, ainsi que par les genres abordés. Cette diversité contribue grandement au plaisir que l'on prend à lire ce livre. Bien sûr, toutes les nouvelles ne se valent pas. Si la qualité des textes est globalement assez haute (je pense notamment à la nouvelle FTA qui ouvre de façon assez fracassante le receuil), j'en ai trouvé une ou deux qui m'ont particulièrement ennuyé. Pour ne prendre qu'un seul exemple, Sexus machina est une nouvelle érotique plutôt bien troussée, mais à la fin beaucoup trop prévisible. Cependant, même les nouvelles un peu faibles servent à la compréhension de l'ensemble. En tout cas, ces petites réserves ne doivent surtout pas vous détourner de ce livre. Tout comme la couverture, à mon avis pas très heureuse car un peu trompeuse. 

AD Noctum fut pour moi une réelle bonne découverte, de celles qui vous font voir ce que doit être la SF aujourd'hui, et vous donnent encore un peu d'espoir dans le monde de l'édition.

note : III

A.C. de Haenne

A signaler que la société Genikor possède un site internet, ainsi que sa propre page FB.

La chronique de Myowntoshokan

Commentaires

  1. Il est vrai que la couv' ne m'inspire pas plus que cela. Mais, je reconnais que de ce côté là, j'ai des goûts assez peu classiques. J'aime celles made in USA!!! toutes colorées, exubérantes et un poil too much!

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    1. J'avoue ne pas avoir été emballé non plus par celle-là, pourtant due à l'immense Manchu (comme quoi, même quand on est un génie tel que lui, on peut avoir des passages à vide). Personnellement, même si je suis sensible à une belle couverture, le plus important pour moi, c'est le contenu du livre. Et le dernier en date en est la preuve flagrante.

      A.C.

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  2. oui la couv donne un côté loup garou, ou je ne sais quoi... pas très anticipation quoi.

    Après bon, un recueil, ce genre de thème... ça parait éculé, mais évidement ça dépend du traitement. Pas mal en effet cet audace à saluer de publier français.

    Sinon perso je pense ça mauvais d’effacer la mémoire d'un évènement traumatique. Cela a influencé notre façon d'être, cela fait partis de nous, sans parler que le corps enregistre lui aussi. Effacer c'est nier plus qu'autre chose, on ne peut revenir dans le passé. Par contre ça empêche la personne d'évoluer. (y'avait d'ailleurs une conclusion similaire dans un épisode de Warehouse 13 l'autre jour XD).
    Je pense d'ailleurs que les personnes amnésiques ont ce problèmes de porter la conséquences d'un moment de vie oublié, mais sans pouvoir retrouver les souvenirs et les faits associés. C'est assez terrible en fait.

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    1. Ah oui, bien sûr, et c'est bien pour cette raison que l'être humain a cette capacité (pas toujours évidente pour tout le monde, malheureusement) à dépasser ce traumatisme afin de se reconstruire ; c'est ce que les psychiatres appellent la résilience. Toute la force de cette nouvelle (qui se lit à rebours) réside justement sur l'idée qu'il est bien plus simple pour la société privée Genikor (qui gère tous les aspects de la société, ou presque) de proposer aux vétérans ce genre de solution (dans une société futuriste où c'est devenu possible), simple et rapide, plutôt que de leur payer une psycho-thérapie, longue et forcément coûteuse. Voilà ce que je peux en dire. Je te conseille quand même, si tu as l'occasion de le trouver, de le lire. A 19€, cela reste un LdE à un prix abordable.

      A.C.

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    2. Et pour l'animal qui se trouve sur la couverture, eh bien, il vaut mieux lire le bouquin pour comprendre !

      A.C.

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  3. Comme quoi...

    Quant à acheter le bouquin, déjà 19€ restent 19€, mais surtout, il y a des livres qui me tentent plus - dont deux acquis récemment suite à tes chroniques ;-)
    Alors pour celui-ci, je vais attendre d'avoir un "creux"... bien qu'il semble consistant.

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    1. Oui, c'est clair qu'on ne peut pas être attiré par tous les livres qui sortent ; heureusement car, autrement, notre PàL qui déborde déjà pas mal (j'imagine tout du moins que mon cas n'est pas isolé...) serait... ben, en fait, je crois qu'il n'y a pas de mots !

      A.C.

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