Gone Girl

Revenant du bar où il a ses habitudes, Nick Dunne se rend compte très vite que quelque chose ne va pas. Sa porte d'entrée a été fracturée. Il constate aussi des traces d'une lutte violente et que, surtout, sa femme a disparu. Comme ils allaient fêter leur cinquième anniversaire d'un mariage visiblement heureux, il ne pense pas à une rupture. Après quelques recherches infructueuses, il fait appel à la police. Celle-ci ne met d'ailleurs pas longtemps à le soupçonner, lui...

Gone Girl (2014, 2h29), film américain de David Fincher, avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Carrie Coon, Neil Patrick Harris...

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce film déçoit. Non pas qu'il soit mauvais, loin de là, mais le réalisateur américain nous a habitué à une telle ampleur dans ses réalisations jusque-là qu'on reste ici quelque peu sur notre faim.

Pourtant, David Fincher a choisi de faire ça bien. En effet, pour adapter le roman éponyme, il a tout simplement choisi d'embaucher la romancière Gillian Flynn, auteur du bouquin. A défaut d'être sûr d'un travail parfait, il se préserve au moins du moindre reproche... Je n'ai pas lu le livre, je ne pourrais donc juger si les faiblesses viennent de là. En revanche, je peux affirmer sans trop me tromper que le scénario manque cruellement de ressort vers la fin du film. L'idée de départ (dont je ne dirai rien, bien sûr) est assez bien trouvée, mais quelque chose d'indéfinissable (je n'ai pas revu le film depuis sa vision, voici plusieurs mois) rend l'histoire bancale.

Pourtant, le réalisateur a fait le choix de mettre en face de Ben Affleck (plutôt bon dans son rôle de mec paumé mais qui pourrait quand même cacher quelque chose, là encore je ne vous en dirai pas plus) une quasi-inconnue, en la personne de Rosamund Pike (que, pour ma part, j'avais découverte dans Le Dernier Pub avant la fin du monde). Sans trop dévoiler de l'intrigue (promis, c'est la dernière fois que je le dis), elle peine un peu à montrer un autre visage que le jolie minois qu'on lui connait. Il faudrait pouvoir développer mais, malheureusement, je crois déjà en avoir trop dit (désolé).

Pourtant, c'est David Fincher à la barre. Pas le premier tâcheron d'Hollywood tout juste capable de faire mumuse avec une shaky cam dans des scènes de bataille (suivez mon regard). David Fincher, je le suis depuis son tout premier film (qu'il a renié de sa filmographie officielle), Alien³ (1992). Seven, The Game, Zodiac jusqu'au récent remake Millenium. Que des thrillers au rythme effréné mais qui n'oublient jamais de raconter une histoire. J'ai revu Fight Club récemment et ça fonctionne toujours aussi bien. Ce type est un génie, il a carrément réussi a rendre palpitante une histoire sur la création de Facebook, avec The social network. Chaque fois que Fincher s'approprie un récit, il parvient à le faire sien (tout en prenant à chaque fois un scénariste différent) et à lui donner un point de vue intéressant, un angle d'attaque percutant. Tout ce qui manque à Gone Girl. C'est peut-être là que se situe la plus grosse déception.

Bref, même si ce n'est pas le chef d'oeuvre attendu, Gone Girl reste tout de même bien au-dessus du panier parce qu'un film de David Fincher "raté" reste tout de même un bon film.


note : II


A.C. de Haenne


P.S. : à signaler au casting de Neil Patrick Harris qui avait bercé la fin de mon adolescence en interprétant le aussi génial que précoce Docteur Doogie dans la série éponyme, puis Carl Jenkins dans le Starship Troopers de Paul Verhoeven.

Commentaires

  1. "un point de vue intéressant, un angle d'attaque percutant: Tout ce qui manque à Gone Girl.": Peut-être qu'il faut chercher au niveau des compromis dans un couple, du choix de maintenir des apparences même dans une situation extrême. La façon dont le film lie la violence à la volonté d'afficher une vie conforme m'a plu, même si je n'ai jamais été en couple...Bon, j'ai franchement bien aimé Gone Girl. Fincher prend ses aises sur ses films qu'il étire à l'envie, mais ne gaspille jamais la pellicule à mon sens. Gone Girl a même pas mal d'ellipses bien fichues, une maîtrise feutrée de la narration, qui heureusement s'emballe lors de quelques passages. Je me risquerai pas à évaluer objectivement l'originalité ou la force de retournements de situations, mais ils ont bien bien marché sur moi dans le sens où je ne savais plus à quel moment ça s'arrêterait, laquelle des deux voies possibles l'emporterait. Les touches d'humour ou d'ironie étaient bienvenues, et Ben Affleck que je connais peu et n'apprécie pas des masses a priori avait la bouille et le jeu idéal pour son personnage, idem pour sa femme.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tout d'abord, bienvenue par ici, ami(e ?) chéradénine et merci pour ce premier commentaire.

      Oui, je suis d'accord avec toi sur le choix des acteurs. Il est bon, parce qu'il brouille volontiers les pistes. Il laisse la suspicion. Après, je pense que c'est sur la longueur que ça ne va pas.

      A.C.

      Supprimer
  2. Je vais peut-être te choquer avec cette comparaison, mais je trouve qu’à un certain niveau, Fincher ressemble à Kubrick : si on analyse leur filmographie respective, leurs long-métrages « mineurs » sont des grands films… J’ai beau trouvé "Panic Room" quelconque au niveau du scénario, je suis fasciné par la photographie de chaque plan, les mouvements de caméra… Pour moi, Fincher est vraiment un génie surdoué (mais je ne suis pas objectif pour un poil, « Fight Club » est mon film préféré…).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non, non, tu ne me choques pas du tout. Si j'avais eu 20 ans à la sortie de "2001", il serait sûrement mon film préféré. Mais non, j'ai été biberonné à Fincher. La comparaison n'est pas désobligeante, tant la maîtrise du cadre par Fincher est impressionnante. Bon, à part Alien 3, Fincher n'a pas réalisé tant de film de SF que Kubrick...

      A.C.

      Supprimer
  3. C’est vrai. Ah, Alien 3… Ce film aurait pu être encore meilleur sans les pontes de la Fox, quel gâchis...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce film retrouvait pourtant ce qui faisait la force du premier : un nombre de personnages restreint, un lieu confiné, une ambiance particulière. Même si j'aime bien le 2 (que j'ai appris à aimer), Alien 3 a un goût très particulier pour moi parce qu'il est le premier Alien que j'ai vu au cinéma. J'ai vu celui de Jeunet 4 ans plus tard et le premier, l'année dernière.

      A.C.

      Supprimer

Publier un commentaire