Philip K. Dick Goes to Hollywood, par Léo Henry

Philip Goes to Hollywood - Correspondance inédite (1980-1991) 
Meet the Beätles! 
Les Règles de la nuit 
Fe6 !! ou La Transfiguration de Bobby J. Fisher
No se puede vivir sin amar
Interview
Les éditions ActuSF font leur abécédaire

illustration de Diego Tripodi
Contrairement à Nébal qui le revendique sans s'en excuser (et il a bien raison de ne pas le faire) dans sa chronique du présent recueil, Léo Henry n'est pas un ami, mais tout comme l'auteur du blog Nébal est un con je le considère comme l'un des meilleurs nouvellistes de l'Hexagone (même si je ne suis pas l'aussi grand lecteur de nouvelles que j'aimerais être, je dois bien le reconnaître). C'est peu de dire que j'ai été fasciné par Les Trois romans qu'Absalon Nathan n'écrira jamais (parue en 2009 dans l'anthologie Retour sur l'horizon), une nouvelle magnifique d'une force rarement vue ailleurs.

Philip K. Dick Goes to Hollywood est un recueil particulier. En effet, il est gratuit. Du moins il est offert par les éditions ActuSF (qui, si j'ai bien tout compris, fêtent à cette occasion leur centième publication) pour tout achat de deux livres de leur catalogue. Aux dernières Utopiales, c'est Jérôme Vincent himself  qui m'a mis le présent livre entre les mains. Ils font ça bien, chez ActuSF.

Bon, alors, de quoi ça parle ? Cinq nouvelles qui tournent autour de l'idée d'uchronie et qui abordent ce sous-genre de la SF de cinq manières différentes. La nouvelle qui donne (presque) le titre au recueil est un échange épistolaire entre Philip K. Dick et David Lynch à propos de l'adaptation de Blade Runner par ce dernier. Bon, en fait d'échange, et pour une raison que je n'ai su déterminer, on nous donne à lire que les lettres envoyées par l'écrivain californien au réalisateur de Eraserhead. C'est très drôle, bourré de clins d'oeil mais peut-être un peu trop léger pour en faire un très grand texte. Une lecture aisée, mais sans conséquences. Ce qui n'est pas le cas de la nouvelle suivante, Meet the Beätles! (rien que le titre est une uchronie en soi) qui nous raconte un monde alternatif au nôtre où Paul McCartney serait mort en 1967. Dans cette (u)chronique de l'histoire des Beatles vue par un John Lennon dépressif, camé et assassin (?), le vertige est stupéfiant. A la manière d'un Roland C. Wagner et son magnifique ode à la musique qu'est Rêve de gloire, Léo Henry nous offre sa vision du monde musical tel qu'il le rêve (ce n'est qu'une spéculation de ma part, bien sûr). C'est tellement érudit qu'on a même droit au casting de la série réalisée par David Fincher, d'après un livre uchronique (¨), ainsi que la discographie du groupe. La troisième nouvelle, Les Règles de la nuit, m'a laissé un peu froid. Non pas qu'elle soit mauvaise (loin de là !), mais je suis totalement passé à côté de cette histoire de film perdu que tous les cinéphiles du monde attendent, comme les Juifs le Messie. Vient ensuite Fe6 !! ou La Transfiguration de Bobby J. Fisher (ce type a un sacré talent pour les titres !). Peut-être la meilleure nouvelle du recueil. Bon, je dois faire ici une double confession. J'avais déjà cette nouvelle disponible (dans l'anthologie 2014 des Utopiales, dédicacée par l'auteur), mais je ne l'avais jamais lue (quelle erreur !). Et puis, je ne suis pas sûr d'avoir tout compris. Du moins, j'ai avalé avec une certaine délectation le récit légèrement destructuré de la vie de Bobby Fisher, tel que nous le donne à lire Léo Henry. C'est magnifique tellement la langue est ciselée, précise pour entrer dans la psychologie torturée du champion des échecs de 1972 qui a si souvent défrayé la chronique. Mais après les deux premières nouvelles du recueil, je n'ai pu m'empêcher de penser qu'on me menait en bateau... No se puede vivir sin amar, qui clôt le recueil, est une relecture trash d'un personnage iconique de la BD franco-belge. Je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher l'effet de surprise. Nouvelle référencée et sympathique, qui se lit bien.

Comme vous l'avez compris, bilan plus que positif pour ce recueil à la couverture splendide (l'auteur, Diego Tripodi reçoit un vibrant hommage à l'intérieur) qui regroupe cinq bons textes, dont deux petits bijoux. Petit livre de 128 pages (avec en bonus une interview croisée de l'auteur (dispensable) et un abécédaire des éditions ActuSF par eux-mêmes (avec de beaux hommages dedans !)) qui se lit avec avidité tellement c'est bon. En plus, c'est gratuit alors pourquoi s'en priver ? Je ne peux donc que vous inviter à vous précipiter sur leur site et acheter deux de leurs bouquins. Parmi les cents qu'ils proposent à leur catalogue, vous trouverez forcément votre bonheur !

Philip K. Dick Goes to Hollywood - ActuSF - collection Les Trois Souhaits - 128 pages - 0€ - D.L. : octobre 2015

note : III

A.C. de Haenne

P.S. : à présent je peux aller lire la chronique de Nébal...

Chronique réalisée dans le cadre du challenge CRAAA :




Commentaires

  1. Le dessin représentant Fischer en position de yoga, provient, me semble t'il, d'une photo de Paris Match datant du championnat du monde de 1972. Bobby avait alors plongé dans une piscine et le photographe l'avait pris sous l'eau dans cette posture.

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    1. Merci pour la précision ! J'essaie de la trouver sur le net, mais je n'y parviens pas.

      A.C.

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    2. Oh la vache !
      Et moi qui croyais que c'était Jackie Chan !

      Un lien :
      http://files.chesscomfiles.com/images_users/tiny_mce/SonofPearl/Bobby_life_magazine1972.jpg

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  2. C'est bon de savoir que c'est un bon bonus ce livre... va falloir que je le lise !

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    1. Si tu l'as, ça serait dommage de passer à côté, oui !

      A.C.

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