Etoiles, garde-à-vous ! de Robert A. Heinlein

Pour accéder à la citoyenneté de la Fédération terrienne, Juan Rico s'engage dans l'Infanterie Spatiale, contre l'avis de son père. C'est au camp Currie qu'il subira d'abord le terrible entrainement de l'adjudant Zim. Menant ses troupes d'une discipline de fer, Zim fera de ces hommes des vrais soldats prêts à affronter le plus terrible des ennemis. Cela tombe bien puisque les "Arachnides" ont déclaré la guerre à la Terre en rayant de la carte Buenos Aires. L'armée terrienne réplique en attaquant la planète Klendathu...

Ce n'est pas la première fois qu'on vous parle de Starship Troopers sur le blog. Souvenez-vous, Les Murmures vous parlait déjà du livre il y a quelques temps. Ensuite, c'est votre serviteur qui vous faisait une petite chronique du film librement inspiré par Paul Verhoeven, en 1997. C'est bien sûr à l'occasion du défi Summer Star Wars VI (qui vit ses derniers jours) que j'ai enfin pu lire le roman que Robert Anson Heinlein a publié en 1959 aux Etats-Unis. Je dis enfin car je possède mon exemplaire (trouvé chez mon cher bouquiniste) depuis un sacré bout de temps maintenant et je n'ai jamais réussi à me lancer dans sa lecture, soit par manque de temps, soit par appréhension. Oui, car ce roman est précédé d'une réputation assez sulfureuse, dans le sens où dans les années 70 où il est sorti en France, il a été accueilli assez fraîchement par l’intelligentsia science-fictive, qui était allée à l'époque jusqu'à traiter son auteur de fasciste. C'est donc bien le défi organisé par Lhisbei (ou M., je ne sais plus), et tout de même le souvenir du film de Verhoeven, qui m'ont poussé à dépasser mes appréhensions. Car, en ouvrant ce livre, je me suis bien promis d'aller voir au-delà de l'idéologie de l'auteur.

Malheureusement, c'est vraiment un travail intellectuel qu'il est difficile de mener en lisant ce livre. En effet, tout au long de la première partie, on a droit à tout un catalogue d'idées plus réactionnaires les unes que les autres : anti-communisme primaire, justification des châtiments corporels et, dans certains cas, de la peine de mort, et, bien sûr, suprématie de la force militaire sur tout autre considération politique ou diplomatique. Alors certes ce discours n'est peut-être pas totalement le reflet des idées d'Heinlein. En effet, toutes ces considérations morales et politiques sont le fait du professeur de "philosophie" de Juan Rico, M. Rasczack (étrangement traduit par Dubois dans la version que je possède, celle de J'ai Lu de 1985). Mais là où l'on sentait très bien le second degré dans l'adaptation cinématographique, on ne le sent pas vraiment ici. C'est du brut de réaction, et ce n'est pas toujours évident à lire pour quelqu'un comme moi qui ne partage pas vraiment cette vision du monde, même si celle-ci est le fait d'un américain de la fin des années 50 (période difficile s'il en est pour les idées libérales aux USA). 

Mais ce n'est pas là ma plus grande déception en lisant ce roman. En effet, quitte à ouvrir un livre militariste, je m'attendais à un peu d'action, voire à beaucoup d'action. Or, à part une scène d'ouverture assez vertigineuse, les scènes de batailles dantesques se font attendre. C'est dommage. D'autant que les considérations sur la carrière militaire du héros, ou sur la supériorité du militaire sur le civil, et bien d'autres choses encore, semblent demeurer les seuls arguments littéraires. C'est limité, et ça ne m'a pas permis d'appréhender ce livre de manière positive. Malgré ses grandes qualités d'écriture, le roman d'Heinlein, uniquement vu par les yeux de Rico, peine à nous donner le vertige que l'on pourrait attendre d'une épopée inter-galactique telle que celle-ci.

Bref, une double déception que ce Etoiles garde-à-vous ! Il m'a été impossible de voir au-delà de la morale conservatrice de ce bouquin qui ne m'a pas envoyé bien loin dans l'immensité inter-sidérale. Même si je suis tout de même content de l'avoir enfin lu...



note : I

A.C. de Haenne

A noter la chronique documentée de Guillaume, le Traqueur Stellaire.

Commentaires

  1. Damned, je comptais bien le lire pour le prochain SSW... Bon je saurais à quoi m'attendre au pire ^^

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    1. Ma chronique ne doit absolument pas t'empêcher de le lire. C'est juste mon côté anti-militariste et pacifiste qui m'a empêché d'apprécier ce roman à sa juste valeur.

      A.C.

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    2. Je pense bien le lire de toute façon, j'ai de bonnes capacités à lire des idées qui devraient me faire bondir quand c'est des vieux textes de toute façon (là je me rappellerais de ranger mon pacifisme au placard :D)

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    3. Oui, oui, faut le lire ! Mon avis ne doit pas t'enlever cet envie-là, et tu dois faire ton propre avis...

      A.C.

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  2. Perso, j'ai bien aimé et plutôt vu l'aspect militariste extrême comme une sorte d'avertissement lancé aux démocrates qui n'osent pas réformer certaines choses.
    Cela n'empêche pas que Heinlein ait pu apprécier l'armée mais je crois qu'il y a un second degré à ne surtout pas négliger.
    La chronique du Traqueur Stellaire est très bien faite, je vous la conseille.
    http://www.traqueur-stellaire.net/2009/04/heinlein-prophete-de-notre-societe/

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    1. Désolé pour le second degré, je n'ai pas su le voir...

      Pour le lien, merci, je l'intègre à mon article.

      A.C.

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  3. Etoiles, garde à vous
    Cet ouvrage est avant tout destiné aux nostalgiques de l'armée, heinlein comme hubbard ont fait un passage par la case bidasse.
    Une longue présentation du service militaire sur fond de "la guerre est un sale boulot mais il faut bien que quelqu'un le fasse." Toutefois il ne manque pas d'une certaine pas d'une certaine poésie stylistique qui nous entraine assez facilement.
    Il ne faut pas s'attendre à de grands combats épique, les scènes de guerre contre des insectes géants ne se déroulent que sur les 50 dernières pages et sont plus là pour nous rappeler que dans l'immensité de l'espace les hommes ne sont guère plus que des insectes.
    Et les plus grands des combats est avant tout contre soi-même et ses peurs (idée proche de la scientologie) et ce combat nous mène à devenir des Hommes.
    L'idéologie véhiculée est relativement malsaine, bien fondé de la peine de mort et des châtiments corporels...

    http://sfsarthe.blog.free.fr

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    1. C'est bien pour ça que j'ai nettement préféré l'adaptation splendide de Verhoeven. Seulement, j'ai la volonté de rattraper tous les grands classiques de la SF ; Heinlein est bien sûr un incontournable. Mais celui-ci n'est pas compatible avec mon âme de pacifiste et d'anti-militariste.

      A.C.

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