jeudi 24 novembre 2016

Les Saisons de l'indépendance, par Martin Lessard

Ana Conception DaSalva est la fille du maire de l'île d'Hispaniola. Elle va très bientôt avoir dix-huit ans et sent que ce passage va lui apporter une certaine indépendance. Seulement, les événements à venir vont en décider autrement. En effet, les troupes fédérales ont débarqué non loin du village de Fort Isabella, où elle vit, et vont bientôt menacer la tranquillité de ses habitants. Ceux-ci n'ont le choix qu'entre se résigner à accepter les ordres du pouvoir fédéral, ou se battre. Dans l'un comme dans l'autre des cas, le risque est grand de tout perdre...

illustration de Arnaud Boutle
C'est peu de dire que Martin Lessard est un habitué de ce blog. Avec deux interviews accordées (la première, en trois parties I, II, III et la deuxième) et une troisième chronique (la première, c'est celle de Terre sans mal et la deuxième, celle de Durée d'oscillation variable) que vous êtes en train de lire, on peut presque dire qu'il a ici son rond de serviette. Sauf que ça fait tout de même trois ans maintenant qu'on n'a plus de nouvelles de l'auteur québécois. Littérairement parlant, j'entends... Parce que, comme il est dit dans l'une des interviews citées plus haut, le présent roman était prévu pour courant 2014. Seulement, Ad Astra, la maison d'édition rennaise dirigée (entre autre) par Xavier Dollo, a rencontré quelques difficultés. Ce qui a repoussé de nombreuses sorties, dont celle des Saisons de l'indépendance.

Ainsi, comme vous pouvez vous l'imaginer, mon impatience était grande de découvrir enfin ce nouveau roman de Martin Lessard. Alors, a-t-elle été déçue ?

Pour couper court à ce suspense intolérable, je peux le dire sans ambages, j'ai beaucoup apprécié ma lecture de ce roman.

En effet, le point fort de ce livre est très certainement son personnage principal, Ana DaSalva. On voit les événements dramatiques qui se produisent sur cette planète perdue au fin fond de la galaxie par son point de vue. L'écriture à la première personne renforce l'identification du lecteur à cette jeune fille pleine d'insouciance qui sort tout juste de l'adolescence, mais qui, rattrapée par la guerre (et son cortège d'horreurs), va devenir adulte en moins d'une rotation du soleil de cette planète. Et c'est là l'autre grande idée de ce bouquin. Viton, l'étoile qui donne la vie à la planète occupée par ces humains mais aussi convoitée par les forces fédérales. Viton, soleil aux rotations pour le moins rapides, provoque sur cette planète des cycles de saisons (celles du titre) très rapides. Qui peuvent être mortelles pour qui n'est pas préparé.

Cependant, s'il faut trouver des petits défauts à ce roman, j'en verrais deux. Quelques petites coquilles viennent malheureusement émailler le texte, mais c'est loin d'être rédhibitoire. Parce quand on voit certaines publications de maisons d'édition beaucoup plus grosses qu'Ad Astra publier des bouquins bourrés de fautes et de coquilles (je ne citerai pas de nom), la petite maison rennaise n'a pas à rougir de la comparaison. Malgré ces tous petits défauts, le boulot qu'elle réalise est formidable. Le deuxième petit soucis relève du fond. En effet, on parle beaucoup dans ce roman et les scènes d'action tardent à pointer le bout de leur nez. Et quand elles arrivent, enfin, elles semblent expédiées trop vite. Personnellement, cela ne m'a pas trop gêné tant les dialogues sont parfaitement bien écrits, dans une langue aux expressions qui sentent bon le Québec, apportant encore plus d'exotisme à ce planet opera. Mais j'imagine tout à fait le lecteur qui se plonge dans ce livre en espérant un récit où une action chasse l'autre. Je pense qu'il sera déçu...

Si ces deux petits bémols n'ont pas été un frein à ma lecture (bien au contraire !), il m'a semblé important de les signaler. Et que le lecteur de cette chronique ne s'y méprenne pas, j'ai beaucoup aimé ce roman. Grâce à une plume très fluide, Martin Lessard sait captiver son lecteur de bout en bout (j'ai trouvé la fin un poil expéditive, mais en refermant Les Saisons de l'indépendance, je me suis dit qu'il faudrait que j'y revienne). Par rapport à son premier roman, Terre sans mal (qui pêchait parfois par une certaine naïveté), on sent que Martin Lessard a acquis depuis une certaine maturité. On attend déjà le prochain livre de l'auteur québécois avec une grande impatience.

note : III

A.C. de Haenne



Durée d'oscillation variable, par Martin Lessard

[petit retour sur le recueil de Martin Lessard, paru chez Long Shu Publishing]


Onze nouvelles composent ce recueil :

illustration d'Alexandre Girardot
I remember

Si la référence à la fameuse devise du Québec se trouve ici en titre dans la langue de Shakespeare, ce n'est pas pour rien. Dans un futur non précisé, des combats sont organisés aux quatre coins de la planète, soulevant la ferveur populaire. Le champion québécois se souvient de tous les combats qui l'ont amené jusqu'à la gloire. Pour ouvrir le recueil, quoi de mieux qu'un petit upercut ? Cette nouvelle à chute est un petit bijou qui laisse le lecteur un peu pantois.

Durée d'oscillation variable

La nouvelle éponyme nous brosse la vie d'un père célibataire, Marc Juneau, qui décide de suivre un traitement expérimental lui permettant de ne plus jamais dormir, afin de pouvoir s'occuper pleinement de son fils. Tout va pour le mieux, jusqu'au jour où notre Éveillé se rend compte que sa vie commence à lui échapper. Et qu'il se met au Thérémine... Là encore, une nouvelle très maîtrisée qui ballade le lecteur. On en redemande !

Le choix

A la mort de sa grand-mère maternelle qu'il n'a jamais trop aimé, Carl Couture rencontre dans un bar un drôle de personnage qui se fait appeler Yeratel. Celui-ci lui propose de faire un choix, mais Carl ne comprend pas le sens de cette invitation. A ses dépends. Cette fois-ci, Martin Lessard nous propose une nouvelle fantastique très bien écrite, mais qui ne possède pas la force des deux premières.

Expert à l'appui

Nitram Ssel Drassel vit sur Terre depuis trente-neuf ans afin d'y étudier les humains. Contre la volonté de ses parents qui le voyaient bien devenir un scientifique, il a choisi la voix de l'art en voulant devenir écrivain. Pour pire ou le meilleur... Nouvelle à la fin ironique, le lecteur sourit à sa lecture et se dit une chose : rien n'est plus important que de relativiser ! Amusant.

A la face du monde

Nouvelle très courte qu'il est bien difficile de pitcher sans risquer de déflorer la surprise. A découvrir !

Le bonhomme vient à 7 heure

Encore une fois, une nouvelle très courte qui commence comme une terreur enfantine et qui finit par remuer les tripes du lecteur. Même si la fin est prévisible, ça n'enlève rien à la qualité du texte.

Compendieux

Un recueil de six micro-nouvelles, qui se dégustent avidement par un lecteur qui se trouverait à l'entracte.


Sur le chemin du bercail

Difficile de résumer cette nouvelle qui mêle habillement fantastique et science-fiction. Sur deux trames narratives, on suit les "aventures" extraordinaires d'un vampire à qui l'on confit une mission qu'il ne peut refuser. Cette nouvelle très dense, à l'ambition incroyable, est tout simplement brillante. Quelle maestria !

Le son de la vie

Mon cinéma

Psychédélique affection


Après quelques péripéties éditoriales (pour euphémiser ce qui s'est passé, mais n'y revenons pas), ce recueil sous sa forme originelle (papier) n'est plus disponible. En revanche, grâce au formidable travail de l'équipe de Multivers, il est de nouveau facile à trouver, sous forme numérique (suivez le lien).

note : III

A.C. de Haenne

dimanche 6 novembre 2016

Premier contact (Utopiales 2016 - Avant-première)

Louise Blanks est une linguiste réputée. A l'arrivée des vaisseaux extra-terrestres sur Terre, elle est en train de donner un cours à ses étudiants, peu nombreux dans l'amphi et tous perturbés par les événements pour le moins extraordinaires. Mais quand elle reçoit la visite des militaires, elle comprend que son avenir est lié aux visiteurs. En effet, le colonel Weber la fait venir dans le Montana pour qu'elle traduise le langage des aliens. Elle y rencontre Ian Donnelly, le physicien responsable de la mission, qui va l'aider dans sa tâche...

Premier contact (2016, 1h56), film américain de Denis Villeneuve, avec Amy Adams, Forest Whitaker, Jeremy Renner...

UTOPIALES 2016 - HORS COMPETITION

© Denis Bajram


En finissant la nouvelle L'Histoire de ta vie (traduite par Pierre-Paul Durastanti et parue dans le recueil La Tour de Babylone), j'avoue avoir eu très peur. Oui, peur que le scénariste du présent film (en l'occurence Eric Heisserern) prenne les éléments de base (l'arrivée des ET, les personnages principaux, etc.) de l'oeuvre de l'auteur américain Ted Chiang pour en expurger tout ce qui en faisait le sel. Parce que l'une des grandes idées de cette novella (l'autre, je ne peux vraiment pas en parler sans déflorer le ressort de l'intrigue), c'est la linguistique. Dans son texte, Ted Chiang n'hésite pas à employer des termes abscons et des concepts assez complexes, le tout sans que ce soit rédhibitoire à la lecture (le propre de la bonne SF, en somme). Ma plus grande crainte donc résidait dans le fait qu'au passage de l'écrit à l'écran, tout cet aspect là soit éludé, ne devienne qu'un élément du décor. Parce que, il faut bien l'avouer, la linguistique n'est quand même pas une notion très cinématographique, surtout à l'heure des grandes productions hollywoodiennes basées sur la pyrotechnie et le spectaculaire.  Mais c'était faire peu de cas du talent de Denis Villeneuve...


Personnellement, j'ai découvert le réalisateur québécois avec son tout dernier film francophone, le formidable et remuant Incendies (2010). Depuis, je suis son parcours : suivent deux films indépendants mais en anglais et avec des acteurs hollywoodiens, tous deux sortis en 2013, Prisoners et Enemy et un premier film véritablement hollywoodien, Sicario (2015). Il a su visiter différents genres avec, à chaque fois, une maîtrise remarquable de la caméra, ainsi que des scénarios qui lui sont proposés. Incendies était une incroyable chronique familiale tirée d'une pièce de théâtre écrite par le dramaturge canado-libanais Wajdi Mouawad ; Villeneuve signait là son deuxième et tout dernier scénario de sa carrière de cinéaste. Prisoners (Aaron Guzikowski au scénario) était un thriller psychologique tandis que Enemy (scénario de Javier Gullón) relevait plus du fantastique. Et avec Sicario (sc. : Taylor Sheridan), Villeneuve nous embarquait dans une histoire policière où le trafic de drogue et la corruption se mêlaient allègrement. Si ce dernier est très certainement le plus faible élément de sa filmographie, il n'en demeure pas moins un très bon film, tout à fait recommandable. Avec une telle carte de visite, c'est peu de dire qu'on est en droit d'attendre le meilleur de la part du réalisateur québécois. Et quand j'ai appris qu'il allait s'agir d'un film de science-fiction, dont le scénario allait être tiré d'une nouvelle qui plus est, non seulement j'ai sauté de joie mais en plus je me suis précipité vers ma bibliothèque pour vérifier que j'y avais bien le bouquin de Ted Chiang.



Après cette (trop ?) longue introduction, il est grand temps pour moi de vous parler (enfin !) du film. Eh bien, pour mettre un terme à cet interminable suspense, je ne peux dire qu'une seule chose : il est formidable. Non seulement l'adaptation de la novella de Ted Chiang est excellente (peut-être la meilleure qu'il m'ait été donné de voir depuis une éternité), parce qu'elle respecte vraiment ce qui en fait sa force, la linguistique, mais aussi parce qu'elle conserve la trame particulière (c'est l'autre très bonne idée du texte, dont je ne peux toujours rien dire) de L'Histoire de ta vie. Et, bien sûr, l'autre grande idée de ce film, c'est l'altérité (une constante dans la filmo de Villeneuve, avec son paroxisme atteint dans Enemy). Mais est-ce vraiment nécessaire d'y revenir puisque cela relève presque du cliché de la SF quand il s'agit d'extra-terrestres.

Et pour rentrer dans les détails de ce qui fait la force de ce très bon film, il me faut commencer par les acteurs. Pour le dire tout net, le choix d'Amy Adams en Louise Brooks est parfait. Si je l'avais trouvée fade dans son interprétation de Loïs, au contraire ici elle laissait libre cours à son talent d'actrice qui, je pense, est immense. Elle sait à merveille incarner cette femme forte et fragile, cette mère et cette intellectuelle à la recherche de la vérité sur le langage si différents des extra-terrestres. Les deux autres rôles principaux n'en sont pas moins excellents. Jeremy Renner, à mille lieues des personnages qu'il incarne habituellement, et Forest Whitaker, parfait en militaire que rien n'ébranle.


Comme je l'ai dit plus haut, ma plus grande crainte était que toute la partie linguistique de la novella de Ted Chiang se retrouve cantonnée à l'arrière-plan. Or, il n'en est rien. L'exploit du scénariste a été de reprendre toutes (ou peu s'en faut) les notions mises en place dans le bouquin pour montrer les recherches de Louise Blanks. Et ça fonctionne ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, on suit les deux protagonistes à la recherche de la vérité sur les motivations de ces visiteurs encombrants. En effet, c'est même le sous-titre de ce film : "Pourquoi sont-ils là ?". Alors certes il y a des éléments ajoutés par rapport au texte de départ, comme ce général chinois prêt à en découdre avec ces aliens qui ont envahi le territoire national. Mais cela ne gâche en rien le propos. Bien au contraire, ça l'enrichit presque (oui, j'avais trouvé qu'il manquait un peu d'enjeux géopolitiques dans la novella).


Quant à la réalisation de Denis Villeneuve, elle est tout simplement parfaite. Si, comme moi, vous avez suivi sa carrière (il ne m'en manque que deux), vous savez de quelle maëstria il est capable dans sa mise en scène. Chaque plan est recherché, référencé même (l'entrée impressionnante dans le vaisseau spatiale fait furieusement penser à une sorte de monolithe inversé) ; aucun ne semble inutile. Ce premier contact (sic !) avec la science-fiction ne peut qu'augurer du meilleur quand on connait le prochain projet du cinéaste. En effet, l'annonce en grandes pompes du début du tournage de Blade Runner 2049 (avec Harrisson Ford et Ryan Gossling) est tout à fait allêchant. Même s'il fait un peu peur à pas mal de fans du film de Ridley Scott de 1982 (dont je fais partie, mais ça vous le savez déjà si vous êtes un habitué de ce blog).

Que dire de plus sinon que je remercie chaleureusement le festival des Utopiales de nous avoir proposé ce film en avant-première (avec les mesures de sécurité anti-piratage imposées par le studio Sony). C'est peu de dire qu'il était attendu. Et qu'il ne m'a pas déçu. Bien au contraire.

note : IV

A.C. de Haenne

P.S. : la sortie de ce long-métrage est prévue pour le 7 décembre 2016








Realive (Utopiales 2016 - 5/7)

Marc est atterré lorsqu’il apprend qu’il souffre d’un cancer incurable. Incapable de l’accepter, il décide de mettre fin à ses jours, avant que la maladie ne se propage, et il se fait cryogéniser. Six décennies plus tard, en 2083, la compagnie médicale Prodigy le ressuscite. De fait, il devient le premier humain à avoir survécu au processus. Mais cette réanimation ne s’est pas déroulée parfaitement et il réalise que son âme a été endommagée. Alors qu’il désire ardemment renouer avec son passé et retrouver Naomi, son amour perdu, il découvre les secrets du Projet Lazarus…

Realive (2016, 1h47), film espagnol de Mateo Gil, avec Tom Hughes, Charlotte Le Bon, Oona Chaplin...

COMPÉTITION OFFICIELLE UTOPIALES 2016

©Denis Bajram


Si la production de films d'animation est quasiment inexistante (voire ma remarque à propos de cet autre long-métrage ibérique lui aussi en compétition officielle, Psiconautas) en Espagne, c'est sûrement parce qu'elle a du mal à franchir les Pyrénées. En revanche, le film de genre espagnol est, quant à lui, très florissant depuis dix ou quinze ans. En effet, on ne compte plus les films d'horreur (REC, L'Orphelinat), de thrillers et même de Science-Fiction (Eva en est l'exemple parfait) qui connaissent un certain succès, voire même un succès certain (le film REC, cité plus haut, connaîtra trois suites ; ce qui, sans juger de leur qualité (d'autant que je ne les ai pas vues), sont le signe qu'un film fonctionne en salles). 

Le scénariste du très bon Agora (2009) passe donc derrière la caméra pour nous offrir ce film qui projette son personnage principal dans un monde futuriste. Mais à l'instar du film cité plus haut (avec Rachel Weisz), Mateo Gil réunit un casting aussi hétéroclite (Tom Hughes, acteur anglais croisé dans la série The Game, l'actrice espagnole Oona Chaplin, petite fille de Charlie Chaplin, que beaucoup découvraient dans Game of Thrones et Charlotte LeBon, actrice québécoise qui présentait la météo sur le plateau du Grand Journal de Canal+) que bien trouvé. Avec ces acteurs venus d'horizons différents, il nous propose un film en anglais qui n'a d'espagnol que la production. Je pense qu'il a été fait dans l'optique de pouvoir s'exporter facilement.


Mais là où ce film se distingue tout de même de la plupart des productions hollywoodiennes, c'est que le réalisateur espagnol a lui-même signé le scénario (c'est son métier à la base, donc ça peut aider). Et si l'argument de départ de son histoire peut sembler tiré par les cheveux (en effet, je ne savais pas qu'en 2015, la cryogénisation s'était ainsi banalisée), c'est vraiment pour développer ensuite un vrai scénario de SF. Autant qu'une histoire d'amour impossible...

Si la réalisation de Mateo Gil est plutôt efficace, elle est grandement mise en valeur par la photographie rendant bien les différences entre les deux mondes, celui de 2015 et celui de 2083. Mais aussi les décors aseptisés et les effets visuels très sobres sont là pour mettre en forme le monde du futur. Et ce film bénéficie aussi d'un montage assez remarquable.

Comme vous pouvez le constater, ce film a beaucoup de qualités, ce n'est pas pour rien qu'il a remporté le Prix du jury ainsi que le Prix du public aux Utopiales 2016. Très certainement parce que c'était le seul long-métrage de toute la sélection à relever véritablement de la science-fiction (pour un festival de SF, ça tombe bien). En revanche, si le rythme du film m'a paru très bon au début, il s'enlise vers les trois-quarts, rendant la fin interminable. La résolution est attendue, mais ne vient jamais.

Bref, ce Realive est un très bon film qui mérite amplement ses prix. Si ce n'était ses petites longueurs à la fin, il approcherait presque de la perfection. A découvrir, je pense.

note : III

A.C. de Haenne




vendredi 4 novembre 2016

Sam Was Here (Utopiales 2016 - 7/7)

Perdu au fin fond du désert californien, un démarcheur cherche de nouveaux clients en passant de village en village. En vain. Il travaille pour une entreprise au nom particulièrement commun mais qui ne nous éclaire pas vraiment pour autant. Personne sur les routes, personne dans un motel. Alors que sa voiture tombe en panne et qu’un tueur rôde dans la région, il va découvrir l’hostilité de la population locale et sombrer peu à peu dans la paranoïa…

Sam Was Here (2016, 1h25), film franco-américain de Christophe Deroo, avec Rusty Joiner, Sigrid La Chapelle, Rhoda Pell...

COMPÉTITION OFFICIELLE UTOPIALES 2016

©Denis Bajram


Tout premier long-métrage d'un réalisateur français qui se confronte au cinéma de genre "à l'américaine". En allant tourner sur place et en se plongeant dans cette petite co-production franco-américaine, on peut dire que le jeune homme prend un risque. Enfin, peut-être pas tant que cela (oui, il n'y a pas trop d'acteurs, de post-production due à des tonnes d'effets spéciaux)...

Mais ce parti-pris est il un pari gagnant ?

En grande partie, oui. Parce que le jeune homme en question possède une certaine maîtrise de la mise en scène. Bien sûr, elle ne révolutionnera pas le cinéma mondial tant on sent Christophe Deroo pétri de culture cinématographique étasunienne. Mais contrairement au duo de The Void, le réalisateur français a su digérer ses références. Il nous recrache une oeuvre bien particulière et non pas une créature de Frankenstein bricolée de maints bouts sans réelle cohésion. Là, ce qui nous est donné à voir est tout à fait cohérent. Parce que le scénario est assez malin pour ne pas laisser voir ses grosses coutures. D'autant plus que le film ne dure que soixante-quinze minutes.

En revanche, la grosse faiblesse du film, c'est qu'il ne sait pas toujours sur quel pied danser. L'idée des fausses pistes pour berner le spectateur, si elle n'est pas nouvelle, est assez bien vue. En revanche, le réalisateur finit par lui-même se prendre les pieds dans le tapis qu'il tisse au fur et à mesure de la mise en place de son intrigue. Laisser une fin ouverte, ce n'est pas gênant en soi (c'est même quelque chose que j'apprécie en règle générale quand je vais au cinéma), mais là on a l'impression que Christophe Deroo n'a pas vraiment su choisir quelle option il finissait par choisir. Si, déjà, option il y a...

Au final, les interprétations sont multiples pour ce premier long-métrage. Au spectateur de se faire sa propre vision de ce qu'il vient de voir...

A signaler que nous avons eu la chance d'assister à notre séance en présence du réalisateur himself. Et je peux vous dire qu'il y a un sacré gap entre l'allure pataude de ce jeune homme timide et de l'ultra-violence dont il a su distiller son film.

Ce long-métrage a reçu la Mention Spéciale du jury aux Utopiales 2016.

note : II

A.C. de Haenne

The Arti : The Adventure Begins (Utopiales 2016 - 6/7)

En combinant d’anciens modèles découverts sur la Route de la soie avec une énigmatique force naturelle surnommée l’Origine, Zhang Meng a créé Arti, un puissant cyborg fait de bois et de métal. Accusé de trahison et avant d’être abattu, il confie Arti à son fils Mo, qui contrôle le robot, et à sa fille Tong, une arrogante épéiste. Ces derniers se lancent dans une quête périlleuse à travers le désert à la recherche de la mythique cité de Loulan, où ils espèrent découvrir la source de l’Origine...

The Arti : The Adventure Begins (2015, 1h52), film taïwanais de Huang Wen Chang, avec (voix) Ricky Hsiao, Hsiao-shun Hsu, Chia-chia Peng...

COMPÉTITION OFFICIELLE UTOPIALES 2016

©Denis Bajram



Si l'animation japonaise a su se faire une place de choix en Occident (et en premier lieu, pour certains réalisateur tout du moins, en France), ce n'est pas tout à fait le cas des réalisations venues de Taïwan. C'est d'ailleurs un peu le cas du cinéma taïwanais dans sa globalité. Non pas qu'il n'existe pas, bien au contraire, mais il semble plus difficile à exporter que son frère (ennemi) du continent ou que le coréen. En tout cas, c'est la toute première fois que je vois une production de cette petite île. Une bonne manière de découvrir un cinéma peu connu par chez nous, donc.

Et en fait d'animation, il s'agit plutôt d'un film mettant en scène des marionnettes (dans des décors à l'échelle des personnages, plutôt bien conçus, et des vues en 3D assez médiocres il faut bien l'avouer, mais on y reviendra). Mélangeant la fantasy et le steampunk (le robot de bois est splendide), ce (trop)long-métrage part un peu dans tous les sens. Il nous propose une compétition de combats (façon série animée japonaise, comme Dragon Ball Z, par exemple), dont je ne vous dirais pas le gagnant final mais on le sait vite, une quête, un peuple qui fait penser aux Elfes tolkieniens, un méchant sournois, un roi berné... Bref, il se passe tellement de choses sur l'écran qu'on a souvent du mal à démêler l'écheveau. Si l'esthétique des marionnettes est assez bien trouvée, en revanche les images 3D qui sont ajoutées pour donner de l'ampleur au film sont d'une laideur accablante, digne des images de synthèse des téléfilms du début des années 90. Franchement pas une réussite.

En résumé, si quelques scènes sauvent le film du naufrage total, il faut bien avouer que le tout est assez indigeste, voire soporifique. A découvrir si vous êtes vraiment curieux.

note : I

A.C. de Haenne

Psiconautas (Utopiales 2016 - 4/7)

L’île sur laquelle vit Dinky a été ravagée par la terrible explosion qui a pulvérisé la seule usine du lieu. La catastrophe n’est pas seulement écologique, elle semble avoir dénaturé à jamais ses habitants. Il ne reste plus de ce paradis qu’une prison sans espoir. Accompagnée de deux amis, Dinky se lance dans un périple au bout duquel elle espère trouver une échappatoire. En chemin, elle ne désespère pas d’emmener avec elle Birdboy, son petit ami solitaire, rongé par un démon intérieur. Une adaptation du court métrage multiprimé, Birdboy...

Psiconautas (2015, 1h25), film espagnol d'Alberto Vazquez et Pedro Rivero.

COMPÉTITION OFFICIELLE UTOPIALES 2016

©Denis Bajram


D'aussi loin que remonte ma mémoire, je crois bien n'avoir jamais vu un seul film d'animation espagnol. Ce n'est pas un manque de curiosité de ma part, enfin je ne crois pas. Seulement, au-delà des Pyrénées, il faut bien avouer que la production de ce genre de cinéma n'est pas monnaie courante. C'est peu de dire que je suis ravi que la programmation de la compétition officielle des Utopiales me permette de combler ce vide.

Et pour une surprise, c'en fut une très bonne !

En revanche, si à la fin de cette chronique, vous comptez toujours emmener vos chères têtes blondes, c'est que j'aurais très mal fait mon travail de chroniqueur. En effet, ce film d'animation n'est pas fait pour les enfants de moins de dix ans. Très noir, il aborde des sujets durs qui peuvent échapper aux bambins. Drogue, violence, inceste... Les images ne sont pas forcément crues, teintées plutôt même d'une certaine forme de poésie. Mais là encore, c'est d'une noirceur pesante. Mais tellement belle. Et elle est parfois illuminée de scènes qui pourraient faire penser à du Miyazaki, quand il aborde les thèmes qui lui sont chers, comme le respect de la nature et l'animisme. Car, fort heureusement, tout n'est pas noir dans ce film. L'espoir demeure, même s'il n'est pas toujours évident à percevoir. Les graphisme et l'animation m'a aussi fait penser à du Bill Plympton.

Alors, ami lecteur, as-tu toujours envie d'emmener un enfant (que tu aimes bien) voir ce film ?

En tout cas, pour les parents, et les adolescents parce qu'il leur parlera directement, je le conseille sans réserves !

note : IV

A.C. de Haenne

P.S. : ce long-métrage, tout comme Jeeg Robot, faisait partie de mes favoris pour la compétition officielle. Il n'a pas gagné.