Anthologie 2014////Alexandre Girardot

Bon, vous commencez à avoir l'habitude. Cette fois-ci, l'Anthologie 2014 laisse la place à Alexandre Girardot. Tout d'abord, la chronique de sa nouvelle : 





Effet de seuil





Joshua est tout heureux d'entrer enfin dans le monde des adultes. En effet, son esprit vient tout juste de se connecter au Neuronet, la forme ultra-évoluée de notre Internet actuel. Mais ce réseau mondial agit-il vraiment pour le bien de l'Humanité ? En lisant les premières lignes de cette nouvelle, j'ai tout de suite compris que j'avais affaire à un texte de Cyberpunk. Aïe ! Je ne suis pas trop fan de ce sous-genre de la Sience-fiction popularisé par William Gibson à la fin des années 70. Oui, le principal reproche que je pourrais lui faire, c'est l'emploi trop systématique de termes liés à l'informatique, à une informatique du futur la plupart du temps. Mais là, à part quelques termes valises à consonance anglo-saxonne, point de jargon. Et c'est tant mieux. J'ai donc facilement pu entrer dans cette histoire, portée par une écriture assez agréable. En revanche, après des débuts engageants, l'intrigue semble mise en stand by, comme interrompue. Finalement, on se rend vite compte que les scènes d'exposition du début n'aboutissent pas à grand-chose. Bon, bien sûr, je ne peux pas trop en dire pour ne pas déflorer l'amorce d'histoire racontée par Alexandre Girardot. Car on a bien plus l'impression d'entamer un roman, coupé net (ou peu s'en faut) afin de le faire entrer dans le cadre de la nouvelle. C'est un peu dommage, l'histoire commençait bien.





illustration de Mandy





A.C. de Haenne : Avant de commencer, nous allons faire une présentation "Twitter", c'est-à-dire que tu as 140 signes, espaces comprises, pour te présenter. Attention, je vais vérifier.

Alexandre Girardot : Alexandre Girardot, éditeur à plein temps, auteur quand il a le temps et allumette qui a mis le feu à la mèche Long Shu Publishing.

A.C. : A présent, si tu avais quatre mots pour présenter ton travail en tant qu'écrivain, quels seraient-ils ?

A.G. : Science-Fiction, Cyberpunk, et vis-versa.

A.C. : Sérieusement, pourquoi écris-tu ?

A.G. : Je savais bien qu’on finirait par me poser cette question un jour ou l’autre mais j’avoue ne jamais y avoir sérieusement pensé jusque là.
En fait, je me pose beaucoup de questions (surtout deux en fait) :
Où va le monde de fou dans lequel nous vivons ?
Pourquoi l’Univers dans lequel nous vivons a-t-il cette forme là et pas une autre ?

J’ai toujours trouvé que la lumière qui entre dans nos yeux relevait de quelque chose de magique, même si je sais très bien que c’est le résultat d’un processus évolutif, je ne peux m’empêcher de me dire ça, quand je suis dans une phase contemplative hein, et aussi de bon poil. Toutes ces questions auxquelles je n’ai toujours pas trouvé de réponse m’ont ainsi poussé depuis l’adolescence à lire pas mal de SF, mais aussi à m’intéresser à l’astronomie , la cosmologie, l’astrophysique, mais aussi aux religions, métaphysiques, et autres philosophies. C’est quand même dans la façon de chercher ces réponses que propose la science que mon cœur va, depuis quelques temps, en tout cas plus que vers le côté mystique ou philosophique.
Alors pour répondre à ta question, il est possible que j’écrive pour mettre de l’ordre dans tout ce que j’ingurgite d’informations relatives à ces sujets, parce qu’il faut bien le dire, il y a dans l’étude scientifique de notre Univers et de notre cosmos quelque chose de merveilleux susceptible de mobiliser l’imagination et la rêverie, et donc de finir par donner des histoires à raconter.

Et puis il y a aussi la société humaine telle qu’elle tourne. Cette société là ne me convient pas. Et je ne peux pas la changer, ou alors à très petite échelle. Alors je peux mener mes « révolutions » en écrivant, ou interroger le présent, la société, l’économie, l’écologie et la politique par des histoires.

A.C. : Après cette anthologie, quelles vont être tes prochaines publications, sur papier ou en numériques ?

A.G. : Long ShuPublishing va éditer un roman que j’ai écrit dans les années 2000 : Mémoires, en imprimé et en numérique. Pour tout dire, au départ je ne me sentais pas légitime pour me lancer dans ce projet. Mais les collègues, John Steelwood surtout, m’y a encouragé. Ce roman a une histoire mouvementée. Lorsque j’ai terminé de l’écrire, je l’ai soumis à plusieurs maisons d’éditions sans avoir aucun retour. Alors je me suis dis que j’aurai peut-être des retours en le diffusant gratuitement sur Internet (en PDF, à l’époque l’ePub n’existait pas encore). Entre 2003 et 2009, il a été téléchargé plusieurs miliers de fois. Alors je me suis dis : pourquoi ne pas tenter l’auto édition. Mais ça n’a pas marché. Et j’ai oublié l’idée qu’il soit un jour édité, jusqu’à ce que je le fasse lire à John pour qu’il me dises ce qu’il en pense. Et il m’a dit qu’il avait bien aimé et pensait que ce serait bien de l’éditer. Voilà comment est venue l’idée. Comme j’en serais l’éditeur, je ne compte pas toucher de droits d’auteurs sur ce roman mais tout reverser dans les caisses de la maison. Et puis, c’est bien beau d’éditer des auteurs, mais être un éditeur qui écrit et soumet son travail à l’appréciation du public, c’est un moyen de plus de connaître les auteurs. C’est important pour moi de connaître ce que vivent les auteurs.
J’avoue que je me sens plus sûr de moi en tant qu’éditeur qu’en tant qu’auteur. Rien que pour la nouvelle qui figure dans cette anthologie, ça me fous un trac fou de savoir qu’elle va bientôt être publiée. Mais dans une antho, on n’est pas seul. Là, un roman, c’est une autre affaire.
En tout cas, quelque soit l’accueil que le public lui fera, je compte bien continuer. J’ai plein de chose en tête.




Merci donc Alexandre pour ces longues réponses. Si vous non plus, vous n'avez pas peur qu'il vous réponde des tartines ( je mets un smiley, Alex : ;-) ), à vous de lui poser vos propres questions...




C'est tout pour aujourd'hui... Et demain ?

A.C. de Haenne


Commentaires

  1. Tu développes avec passion tes réponses, les fameuses "tartines" comme le dit Antoine ;) , cela signifierait-il que tu ne peux pas te cantonner à une nouvelle, que tu as besoin d'un roman, de plusieurs centaines (milliers ?) de pages pour raconter une histoire ? Dans la littérature SF, cyberpunk, quel livre, chef-d'oeuvre à tes yeux, gardes-tu sous le coude comme référence ? Enfin, quel thème premier t'inspirerait dans notre monde actuel : le climat ? la géopolitique ? les nouvelles technologies ?... autre ?
    Désolé, ça fait beaucoup de questions... =S

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  2. Salut Greg.
    J'avoue ne pas particulièrement me poser la question du format quand je me lance dans l'écriture. Pour Effet de seuil, j'avais envie de concentrer dans un format court une histoire qui aurait certainement nécessité plus de place. Pour "Mémoires", que nous publierons dans le courant de cette année, le format long s'est imposé de lui-même.
    Ce que je voulais développer dans Effet de seuil, c'était un point de vue particulier sur la Singularité et une des multiples façon dont elle pourrait survenir. Je voulais juste développer un contexte et un moment précis, d'où le format court.

    Pour répondre à ta seconde question. Le Cycle de Fondation d'Asimov, le Cycle de Dune de Herbert, le Cycle de Majipoor de SIlverberg, toute l'oeuvre de Philip K Dick, et le Neuromancer de Gibson. Mais le cinéma m'inspire aussi beaucoup. Il faut dire que mes parents m'ont fait tomber très tôt dans la marmite. Entre l'âge de 5 et peut-être 8 ans, ils m'ont emmener voir 2001, Soleil Vert, La planète des singes, Malville, Rollerball, Mondwest, pour ceux qui me viennent à l'esprit, là, tout de suite. Plus tardivement, j'ai découvert tout à fait par hasard Inexistence, de David Zindell (l'édition de la maison Florent Massot de 2002). Mais hélas, je n'ai pas encore pu trouver les autres romans de ce cycle (Requiem pour l'homo sapiens). Je ne sais pas s'ils ont été édité en France.

    Enfin, pour la dernière question, vaste.
    J'ai bien du mal à répondre. Les thématiques se télescopent pour tout dire. Que ce soit la géopolitique, l'évolution du système économique, le dérèglement climatique, l'évolution technologique, dans mon esprit, tout ceci forme un tout. Chacun de ces thèmes est lié aux autres. J'essaye de comprendre dans quelle direction tout ces éléments font évoluer l'humanité. Parfois, je ne vois rien de très engageant et je me dis qu'on est mal barré, à d'autres moments, je me dis qu'il y a peut-être un espoir. Dans tous les cas, je crois que ce sera dur pour tout le monde à mesure que les décennies se succéderont.
    Dans "Mémoires", j'ai tenté de développer l'idée que le changement de paradigme ne pourra peut-être pas se produire sur Terre mais lorsque l'humanité se sera installée ailleurs (dans le roman, l'ailleurs en question, c'est Mars). Je continue de penser que nous devons quitter notre berceau et qu'une colonisation d'autres planètes du système solaire pourrait théoriquement nous donner l'opportunité d'expérimenter d'autres systèmes sociaux, politiques et économiques. En tout cas bien plus facilement que sur Terre car ici, nous sommes pris dans l'inertie de notre Histoire.
    Aujourd'hui, si je devais écrire un autre roman, il ne traiterait certainement pas de ce sujet là.
    Et encore faudrait-il que je trouve le temps d'écrire. Je suis super lent pour tout dire. Avant de me lancer dans "Mémoires", j'ai dû étudier pas mal des sujets qui y sont abordés. Pas loin de trois ans d'études en tout, et d'échange avec des économistes ou des climatologues. Et ensuite, l'écriture elle-même m'a demandé près d'un an. Quatre ans pour écrire un texte d'un peu moins de 380 000 signes, c'est long ;)

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  3. Salut Alexandre,

    je lis tes réponses et je constate qu'il y a un peu de pessimisme, mais surtout une volonté de ne pas se morfondre dans un dénouement défavorable pour l'humanité. Alors, quand le sujet est négatif ou noir ou défaitiste, est-il important pour toi qu'un auteur trouve des solutions ou des réponses pour écrire ses textes de science-fiction de façon positifs?

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    1. Salut Pat.
      Il y a une vingtaine d'année, lorsque j'ai écris "Mémoires" j'étais assez optimiste. Je pensais que l'humanité avait encore l'énergie d'un sursaut salutaire.
      En 1997, John Perry Barlow, co-fondateur de l'Electronic Frontier Foundation, publiait "La déclaration d'indépendance du cyberespace", le mouvement Hacker voyait le jour et l'Open source aussi. Ces années là virent la naissance du mouvement altermondialiste, d'ATTAC et du Forum Social Mondial de Porto Alegre, sur la lancée de l'appel lancé par le sous-commandant Marcos en 1997 et de la lutte contre l'AMI.
      Ces deux rivières se sont rejointes pour former un fleuve qui fit échec à plusieurs tentatives de création de l'OMC, dont la première, à Seattle en 99.
      Si un mouvement comme "Occupy" avait vu le jour durant ces années là, son impact aurait été différent. Ce mouvement existe toujours, et je ne nie pas ce qu'il porte en lui de positif. Mais cette forme d'organisation organique existait déjà dans le mouvement altermondialiste à sa naissance et a été bien plus efficace. On continue de parler de la Taxe Tobin aujourd'hui. Aujourd'hui, qui se bouge avec autant d'énergie contre les négociations en cours visant à réaliser la Zone de libre-échange transatlantique, dont la première brique est l'accord de partenariat transatlantique ? Pourtant, il s'agit du même projet que l'AMI.
      On assiste aussi à l'échec systématique des négociations internationales sur le climat.
      La majorité des spécialistes du pétrole sont d'accord pour dire que si nous n'avons déjà pas atteint le pic de production, nous en sommes proches. Et cela ne sera pas sans conséquences puisque toute notre économie et quasiment toute notre production s'appuie sur le pétrole.
      Malgré la claque que les institutions financières mondiales ont prise lors de la crise des "subprimes", rien n'a fondamentalement changé. Pire, depuis moins de cinq ans, le trading à haute fréquence à pris une ampleur sans précédent dans le volume des échanges financier internationnaux.
      Sauf "accident" histoirique, je ne suis pas sûr que nous voyions un jour prochain l'humanité s'installer ailleurs. Il faudrait pour cela une volonté politique très forte. Et si les conditions de l'existence d'une telle volonté existaient, je pense qu'elle s'exercerait plutôt à tenter de résoudre les problèmes qui nous touchent ici.
      Aussi, sauf à vouloir écrire des expériences de pensées scientifiques, je ne vois pas encore comment écrire un space opera, par exemple. Ou alors, il devrait se situer dans un avenir très lointain. Et pour cela, il faudrait aussi que j'envisage comment l'humanité aurait pu survivre à la situation de transition actuelle.
      Je crois que je réponds en creux à ta question concernant la SF positive. Pour moi en tout cas, il est difficile de me lancer dans la création d'une histoire qui pourrait se dérouler dans cet avenir lointain sans avoir au préalable tenté d'inventer l'accident crédible à mes yeux pour dire : voilà comment nous pourrions nous sortir du merdier actuel, ou encore : voilà comment nous nous sommes gauffrés et avons rebondis. J'y pense car j'ai à l'esprit depuis plusieurs années une histoire qui est censée se dérouler dans un tel contexte. Mais je butte encore sur ces questions.
      En tout cas une chose est sûre, lorsque j'écrivais "Mémoires", je portais en moi plein de certitudes et de réponses toutes faites et j'ai voulu les transmettre. Aujourd'hui, j'écrirais plutôt un récit pour poser des questions et inviter mes lecteurs à se les poser. Pour moi aujourd'hui, la fiction est le terrain idéal pour poser les questions, pas pour y apporter réponses. L'essai est plus approprié, à mon avis, pour apporter ses réponses. Et je ne crois pas être taillé pour ce genre de travail.

      Une fois de plus, j'ai été un peu long. Mais quand on me tend la perche, voilà ^^

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  4. Intéressant. J'aime les longues réponses.

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    1. Ben là, pour le coup, tu es servi ! ;-)

      A.C.

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  5. Bonjour Alexandre, parle nous des avantages de l'édition numérique avec l'impression sur demande...si le terme est correct ? Aussi...as-tu déja eu de mauvaises expériences avec un auteur...?

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  6. Bonsoir Sylvain.
    Première question.
    La souplesse. Pas de stock à gérer, on ne gère pas non plus les expéditions.

    Seconde question.
    Pas encore. Mais rien n'est jamais simple quand il est question de création.

    Voilà, j'ai fait au plus court ^^

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  7. Bonsoir Alexandre,
    comment imagines-tu Long Shu Publishing dans les années à venir ? Quels sont tes projets pour LSP ? (ceux que tu peux nous révéler, bien entendu !)

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  8. Bonsoir Alexandre. Je voulais juste de demander "Pourquoi ?", histoire que tu nous écrives un livre en réponse, mais je vais plutôt restreindre le champ d'approche : "Pourquoi écris-tu ?"
    Amitiés
    John

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    1. Ah ah ah !
      J'ai déjà répondu à cette question dans l'interview, John ^^

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    2. Qui rêves-tu d'éditer (je sais la question est nulle, mais là, je suis un peu naze) ? ^^

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    3. Difficile, voir impossible de répondre :D

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    4. Avec quel auteur (mort ou vivant), souhaiterais-tu échanger des idées, parler du monde d'aujourd'hui ,

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  9. Question naze du jour bonjour : faut-il avoir l'esprit scientifique pour être bon en SF ? Autre tentative : Pourquoi autant de branches en SF et cette envie de poser une étiquette ?

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  10. Bonsoir,
    Je ne suis pas certain que la multitude de sous-genre au genre SF vienne aussi directement d'une envie collective de ranger les choses dans des cases.
    Certains sous-genres de la SF sont aussi des mouvements culturels en soi.
    Par ailleurs, un genre, c'est aussi un ensemble de codes qui le caractérise.
    Je dis ça sans nier que parfois, l'envie de se singulariser puisse amener des excès.

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  11. Et alors, Alexandre, est-ce que ton niveau de stress est tombé, maintenant que la journée qui t'était consacré est (presque) terminée ?

    A.C.

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    1. Il n'y avait pas de raisons que je sois stressé ;)

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