Mad Max : Fury Road

A bord de son bolide, Max Rockatanski erre sans but précis dans les déserts arides. C'est alors qu'il est fait prisonnier par une horde de guerriers aux ordres d'Immortan Joe, un ancien militaire reconverti en tyran impitoyable qui règne sur son peuple de gueux grâce à l'eau qu'il garde précieusement. Mais l'un de ses généraux, l'imperator Furiosa l'a trahi. A la tête du convoi parti chercher du pétrole, elle a aussi embarqué les "femmes" d'Immortan Joe. Celui-ci, dans une colère noire, envoie ses troupes à sa poursuite. Max se retrouve en première ligne, bien malgré lui...

Mad Max : Fury Road (2015, 2h00), film américano-australien de George Miller, avec Tom Hardy, Charlize Theron, Zoe Kravitz, Hugh Keays-Byrne...

Ce nouveau Mad Max est, en quelque sorte, l'exact opposé de celui de 1979, chroniqué en ces pages il y a quelques jours. Que je m'explique... Dans ma chronique sur le premier Mad Max, celui qui lançait les hostilités et créait un mythe moderne et cinématographique, je disais que le film pouvait pâtir d'une image un peu vieillotte (due bien sûr à un évident manque de moyen) et à des cascades très artisanales. Dans celui-ci, c'est tout le contraire ! L'arrivée d'un studio américain comme la Warner, en association avec un australien, Village Roadshow, a permis de mettre 150 millions de dollars sur la table. Et ça se voit à l'écran ! Des images à couper le souffle dans un décor naturel époustouflant. Et des cascades comme rarement on en a vu au cinéma. Bref, on sent qu'en presque quarante ans, on est passé du petit film fauché au blockbuster de studio. Dans ma chronique du premier opus, je vous parlais aussi d'apocalypse "douce" (ou froide, en opposition à une fin du monde due à une série d'explosions nucléaires). Dans Mad Max, on ne savait pas vraiment ce qui s'était passé, l'explication se résumait sur quelques panneaux. Là, rien. Pourtant, Max Rockatanski n'a pas trop vieilli (le choix d'un nouvel acteur était pertinent, vu que Mel Gibson a pris quelque peu de la bouteille). Vous allez me dire que cet opus se situe plus dans la lignée du second, et vous aurez raison. Mais tout de même, comment peut-on expliquer qu'une fin du monde provoque une telle dégénération chez les habitants de la vallée ? C'est à mon humble avis la plus grosse incohérence du film, même si c'est peut-être la plus facile à mettre de côté. Ici plus de villes mais des taudis dans une sorte de bidonville où survivent toute une populace malade et dégénérée... Seule une élite vit décemment, dans les hauteurs où ils se partagent les plus grandes richesses : l'eau et le pétrole (appelé ici le Gaspi). Mais la maladie et la dégénérescence ne semblent pas les avoir épargnés. Dans ce monde clos où tous rivalisent de laideur et de méchanceté, un rayon de soleil éclate soudain : Furiosa (bon, faut dire qu'elle est interprétée par l'incroyable Charlize Theron) qui, malgré son bras mécanique et des goûts un peu particuliers en ce qui concerne le maquillage (la révélation de la source dudit maquillage est assez tordante, d'ailleurs), en impose d'un charisme qui éclipse quelque peu celui censé être le héros du film, Max. Mais la principale différence avec le premier opus se situe au niveau du scénario. Sans être un modèle du genre, celui du film de 1979 était tout de même assez subtil (même s'il reprenait les codes du film de vengeance). Ici, aucune finesse. On prend un gros camion, on va du point A au point B. Comme au point B il n'y a rien, on revient au point A. Bref, il ne faut pas voir ce Mad Max : Fury Road pour les subtilités de son scénario, elles sont inexistantes.

Voilà, malgré ce tableau un peu négatif, on peut tout de même dire que ce nouveau Mad Max n'est pas un mauvais film. On en sort totalement ébouriffé après deux heures de course-poursuites haletantes en plein désert. On en a pris plein les mirettes et on a conscience d'avoir vécu une belle expérience de cinéma. Ce qui, de nos jours, n'est déjà pas si mal...

note : II

A.C. de Haenne

Ce film était la deuxième partie de la double-séance proposée par le cinéma du Parvis, à Tarbes :




Commentaires

  1. C'est le meilleur film que j'ai vu depuis le début de l'année, je crois qu'on tient un mythe moderne.

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    1. Si on ne prend pas en compte la pauvreté de son scénario, c'est un film d'une beauté magistrale. Un vrai bon moment de cinéma, une expérience à vivre en salles obscures !

      A.C.

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  2. (Mode vieux con on)

    Je suis bien d'accord quand tu dis que ce film est l'exact opposé de la version de 1979. 150 millions de dollars, des effets spéciaux remarquables, de l'action non-stop... Hélas, pour obtenir ces moyens George Miller a, pour moi, sacrifié son âme sur l'autel du blockbuster.

    En ce qui me concerne, la rencontre ne s'est pas faite, au point où je n'ai jamais réussi à rentrer dans l'action. Au début, la voix off tente péniblement d'introduire le personnage de Max, peu ou pas caractérisé. De misérables flashbacks suggèrent son trauma... on n'en saura guère plus. Furiosa est intéressante, mais quitte à se reposer sur un personnage charismatique, autant en faire la protagoniste principale. Dans "Fury Road" ce n'est pas le cas, du coup difficile de s'attacher à l'un ou l'autre personnage, la faute à un manque cruel d'émotion. Je n'ai vu l'opus original qu'une fois, mais je me souviens encore du regard bouleversant de Mel Gibson, de la mort de la femme de Max, de sa descente aux enfers... Ce long-métrage m'a marqué au fer rouge, comme sa suite, même si elle était outrancière. Je ne suis pas d'accord avec beaucoup de cinéphiles qui affirment que les premiers Mad Max n'avaient pas de scénario. Rien n'est plus faux ! La conclusion de Mad Max II est une belle leçon d'écriture, avec ce climax hallucinant de vacuité montrant le sable sortir de la citerne. Le spectateur réalise alors que tout le monde a été mené en bateau. Comme tu le dis, dans "Fury Road" on va d'un point A à un point B et on revient. Je crois que c'est à peu près tout.

    Dans les premiers volets, les méchants était aussi effrayants que grotesques, ici ils sont seulement ridicules, trahis par des dialogues involontairement drôles dignes d'une série Z (mention spéciale à la réplique de Furyosa sur la rédemption qui m'a fait rire, et bien d'autres répliques). Difficile de prendre au sérieux un Immortan Joe au masque de Skeletor, tout droit sorti d'un mauvais épisode des Maître de l'Univers. Le seul antagoniste que j'ai aimé, c'est le guitariste.

    Mon commentaire est moins une critique violente que l'expression d'une profonde déception qui ne me donne même pas envie d'assassiner ce film sur mon blog. "Fury Road" est une oeuvre que j'aurais vraiment aimé adorer, mais pour moi il est la synthèse de ce que m'irrite dans Hollywood, notamment cette obsession du remake/reboot/suite ad nauseam. Il existe tellement de romans cultes qui n'ont toujours pas été adaptés ! Au lieu de ça, on choisit l'action, les effets spéciaux à outrance au détriment du scénario, la facilité... "Fury Road", "la Désolation de Smaug", même combat (pour moi).

    (Mode vieux con off)

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  3. Ah ben ça au moins c'est du commentaire !!!!

    A peu près d'accord avec toi. Je garderais quand même quelques personnages forts, des cascades impressionnantes et une réalisation tout de même assez bien trouvée. Et au final des images à couper le souffle... et qui donnent soif, très soif !

    Pour avoir fait l'expérience de voir le premier et le dernier film, il en ressort qu'il n'ont peut-être en commun que le titre... et des bagnoles qui vont vite et explose. Cette remarque n'est sûrement pas vrai au regard des deux autres "premiers".

    A.C.

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  4. Oui, je reconnais volontiers que la réalisation technique est vraiment à la hauteur, la photographie est magnifique, et même tout le travail sur les costumes... Franchement, rien à dire de ce côté là ! :)

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    1. Et la scène de la tempête ! Waow !

      Après, ça dépend ce qu'on attend de ce genre de cinéma, surtout quand il s'agit d'un reboot, ou d'une suite...

      C'est tout le problème du cinéma tel qu'il est devenu. Comme tu le dis si bien toi-même. Le cinéma hollywoodien, dans sa dernière mutation, ne cherche qu'une seule chose : la rentabilité. Et cela ne passe pas forcément par un bon scénario. Cela se saurait, depuis le temps.

      A.C.

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  5. Effectivement, et je crois aussi qu'on a été extrêmement gâtés dans les années 70-80 avec le "nouvel Hollywood", quand des Spielberg, Lucas, Scorsese, De Palma, Coppola avaient la confiance des studios. Quand tu réalises que certains de ces cinéastes ont eu par la suite le plus grand mal à monter des projets audacieux, cela en dit long sur la frilosité qui règne à Hollywood, hélas...

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  6. Alors, justement, suivant certaines "théories", ce seraient des gens comme Lucas (avec des films grands spectacles comme "Star Wars") qui auraient cassé le "Nouvel Hollywood" des années 70 et initié la politique des studios des années 80. Sinon, c'est vrai que c'est hallucinant de voir des réalisateurs comme Dante, Zemeckis (et à une autre échelle Carpenter ; et pour d'autres raisons McTiernan) qui ont beaucoup de difficultés à monter des projets alors qu'ils avaient carte blanche dans les années 80.

    A.C.

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  7. Je prends donc mon courage à deux mains pour réécrire ma tartine.

    Je ne suis donc pas du tout mais alors pas du tout d'accord avec vous deux pour plusieurs raisons :

    1/ Le scénario des précédents Mad Max a toujours tenu sur un ticket de métro. Le 1er est une histoire de vengeance, le 2ème est une histoire de méchants pas beaux qui s'en prennent à des gentils sympas, le 3ème est plus difficile à qualifier mais on dira que le but est d'arrêter les vilains pas beaux de faire le mal.

    2/ La subtilité des Mad Max réside dans leur background, dans les émotions et comment est traitée l'histoire. Ce que fait vachement bien Fury Road aussi, de façon différente que les autres certes. C'est un film qui parle de la condition de la femme, d'intégrisme religieux et d'écologie, le 1er de ces thèmes ayant même causé quelques débats sur le net. Des thèmes vachement moderne et d'actualité.

    3/ Parlons de modernité justement. Il semble y avoir de votre part, à toi et JS, de regretter l'ancien temps et le budget misérable du premier film (notez que cela concerne surtout le 1er, le second ayant un budget déjà plus de 10 fois plus élevé que celui-ci et je ne parle même pas du 3ème). On ne fait pas un film de bagnoles avec un budget pareil à l'heure de fast and furious et tutti quanti. Perso je trouve admirable qu'un type de 70 ans soit capable de pondre un film qui soit si moderne, et dans ses thèmes et dans sa technique (sans se vendre sur l'autel des effets spéciaux puisque la majorité des cascades sont bel et bien réelles), tout en respectant l'esprit de sa saga.

    4/ Mad Max est un mythe. On s'en fiche bien de savoir si Fury Road est cohérent avec les 3 autres (qui ne le sont déjà pas entre eux) du point de vue de la chronologie. On s'en fiche aussi de savoir si c'est le remake, la suite, la préquelle, la séquelle ou que sais-je encore d'autre, d'ailleurs il n'a jamais été présenté en tant que tel. Mad Max est intemporel.Et c'est ça l'esprit de la saga.

    George Miller a créé le meilleur film d'action depuis je ne sais combien de temps et vous blablatez sur le mode c'était mieux avant. J'ai envie de vous dire gentiment, si vous voulez voir du cinéma des années 80, regardez des films des années 80. C'est formidable les films des années 80, y avait Indiana Jones, Retour vers le futur, et tout ça, j'adore ça aussi, mais bon le cinéma de maintenant produit beaucoup de merde, le cinéma des années 80 en a produit un certain nombre aussi, c'est juste que forcément on n'en entend plus parler. Et le cinéma de maintenant produit des films géniaux aussi, avec des scénarios originaux aussi, pas que des adaptations de livres. Et le cinéma d'aujourd'hui ce n'est pas que Hollywood loin de là (et d'ailleurs il me semblerait facile d'affirmer qu'Hollywood ne produit que des merdes).

    Par ailleurs, si Mad Max est un blockbuster du point de vue du budget, il ne l'est pas pour le scénario (qui sort de la tête de George Miller) ni la réalisation (qui sort de la tête de George Miller aussi), ni pour les effets visuels qui sont en immense majorité réalisés pour de vrai, ce que ne fait aucun blockbuster actuel. Il dénote très clairement dans le paysage des blockbusters habituels et que ce film original ne se soit pas planté à la sortie est une bonne nouvelle pour le cinéma.

    Voilà j'ai fini. Pardon pour la longueur.

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  8. Ça c'est de la tartine ! Non, non, ne t'excuse surtout pas ! Ici, c'est fait pour s'exprimer, qu'on le fasse en trois mots ou avec un millier...

    Et tu as battu Escroc-griffe du commentaire le plus long de l'histoire de ce blog, et à plates coutures ! ;-)

    Alors, si tu as cru que j'enfonçais ce film, c'est que je me suis mal exprimé. Je ne déteste pas ce film, bien au contraire ! Je lui trouve même plein de qualités qu'une très grosse majorité d'autres films n'ont pas. Mais, désolé, son scénario, qui reste quand même, avec la réalisation et le jeu des acteurs, une des pièces maîtresses du cinéma, est très basique. Je ne suis d'ailleurs pas d'accord avec toi quant au premier. Ce n'est pas qu'une banale histoire de vengeance(s) (oui, il y en a au moins trois...). Certes ce n'est pas le Faucon Maltais, mais c'est loin d'être aussi linéaire qu'un "Justicier dans la ville"... Quant aux deux autres, je ne les ai pas revus depuis un bail, donc tu as raison. ;-)

    Après, je ne suis pas nostalgique (d'ailleurs, comme disait l'autre, la nostalgie, ce n'est plus ce que c'était) des films des années 80. Ma grande découverte du cinéma, ce sont les années 90. J'aime les films des années 80 (oui, je suis d'accord, il y avait de gros navets !), comme j'adore ceux des années 70 (nouvel Hollywood...). Mais il y a aussi des pépites dans ces folles années que nous vivons. Il faut savoir chercher. Mais je crois que j'aime autant un Gardiens de la Galaxie qu'un Star Wars (pour ne donner qu'un exemple).

    Pour finir, je veux juste te dire que je suis super content que tu aies persévéré pour enfin l'écrire, ce commentaire. Parce que si nous étions tous d'accord (on n'est pas si en désaccord que ça, en fait), on vivrait dans un monde de Bisounours et, franchement, ce serait la gerbe.

    Très content que tu sois passée !

    A.C.

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  9. Je ne suis pas forcément d'accord avec toi que le scénario est une pièce maîtresse d'un film. Il est très important on est d'accord mais je pense qu'il peut être décidé de le mettre plus en retrait pour mettre en avant autre chose. Comme par exemple, certains livres peuvent mettre l'intrigue à l'arrière-plan pour mettre à l'avant la découverte d'un univers. Et ça peut faire des chef d’œuvres aussi.

    Ok le scénario est moins subtil que les précédents. Mais en attendant il est celui qui a été choisi par George Miller pas par une armée de producteurs autour d'une table en train de se demander cyniquement comment soutirer le plus de fric possible à la populace abrutie qui viendra stupidement acheter son ticket de cinéma plutôt que de télécharger un screener. GM peut très bien avoir décidé sciemment de mettre ça plus en retrait que le reste (comme il a décidé de mettre en retrait le personnage de Max), pour mettre en avant le background (toute la mythologie qu'on voit dans le films, les mots inventés et surtout le visuel qui est 10 000 fois plus réussi que les trois Mad Max (attention je dis pas que c'est raté, autre époque, autres moyens financiers et techniques).

    De plus on ne peut pas non plus qualifier le scénario de nullissime car il porte tout de même des thèmes intéressants, fait discuter et bon sang pose la question de la place de la femme dans l'industrie cinématographique et quand tu es une femme et que tu en as marre de voir des nanas neuneus en haut talons dans les films d'action, voir là résumé devant tes yeux toute la problématique hollywoodienne autour des femmes, eh bien euh ... je suis allée voir le film deux fois (mais aussi pour l'action et les images). Je développe ce point dans ma chronique sur le film si tu veux en savoir plus sur ce que j'en pense : http://ledragongalactique.blogspot.fr/2015/05/mad-max-fury-road.html

    Bref apparemment pour toi un scénario au top est une condition sine qua non pour faire un grand film, je ne peux pas te retirer ça bien sûr et je le respecte.

    Et sorry d'avoir peut être fait des amalgames, des erreurs ou des raccourcis sur ton ressenti, disons qu'il y avait beaucoup de réactions et que dans un désir de répondre exhaustivement je me suis peut-être emportée. C'est plus facile de développer un concept sur un commentaire que plusieurs^^

    PS : je n'ai pas dit que l'histoire de vengeance du 1er était banale. Elle ne l'est assurément pas. Mais ce qui la rend pas banale, c'est le traitement qui en est fait et les émotions que le travail de réalisation et du jeu des acteurs arrivent à susciter en nous. Après des faiblesses dans le scénario dans le 1er, je peux t'en trouver sans problème.

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  10. Merci pour le lien !

    Tu as dit : "Je ne suis pas forcément d'accord avec toi que le scénario est une pièce maîtresse d'un film. Il est très important on est d'accord mais je pense qu'il peut être décidé de le mettre plus en retrait pour mettre en avant autre chose. Comme par exemple, certains livres peuvent mettre l'intrigue à l'arrière-plan pour mettre à l'avant la découverte d'un univers. Et ça peut faire des chef d’œuvres aussi." Oui, mais je parle des films, pas des romans.

    A.C.

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