La Villa des mystères (Las Piadosas), par Federico Andahazi

En cet été 1816 sur les rives du lac Léman, le villa Diodati accueille des hôtes célèbres : Lord Byron, Percy Shelley et sa future femme Mary, Claire Clairmont et le docteur Polidori. Alors que ce dernier, secrétaire particulier et souffre-douleur de Byron, se retire dans sa chambre, il découvre une étrange lettre qui lui est adressé. Ce qu'il va y découvrir dépasse l'entendement...

illustration d'Eric Scala
1816. Villa Diodati. Mary Shelley. Polidori. Si ces dates et noms vous évoquent quelque chose, c'est tout à fait normal. C'est en effet sur les bords du lac Leman que Mary Goldwin, 19 ans à l'époque, a relevé le défi lancé par Lord Byron durant l'été 1816. Résultat : l'une des oeuvres les plus marquantes de la littérature mondiale, considérée par nombre de connaisseurs comme le premier roman de science-fiction "moderne", bien avant que le nom soit inventé. La première version du Frankenstein ou le Prométhée moderne venait de voir le jour (cette nouvelle sera retravaillée, ce sera le premier roman de Mary Shelley, publié en 1818). Et si l'Histoire a surtout retenu l'oeuvre de la romancière anglaise, elle a un peu oublié celle du docteur William Polidori. Le Vampire, la nouvelle de ce dernier, sortira en 1819, mais sous le nom de Lord Byron (pour profiter de sa notoriété). Un texte encore lisible de nos jours, qui inspira un certain... Bram Stoker.

Ce que raconte ce La Villa des mystères, c'est la vision des événements survenus dans la villa Bellerive (rebaptisée plus tard par Lord Byron) par William Polidori lui-même. Mais Federico Andahazi ne se contente pas pour se faire de balancer quelques faits et de broder une vague intrigue autour. En semblant se mettre en scène (le narrateur parle de Buenos Aires, lieu de naissance et de vie d'Andahazi), l'auteur argentin explique ce qu'on sait de ce fameux été 1816 qui changea la face de la littérature mondiale. Par le biais d'un mystérieux individu rencontré au Danemark, il entre en possession d'un manuscrit qui semble raconter ce qui s'est réellement passé pour le docteur. Une mise en abyme littéraire qui n'est pas sans évoquer le Manuscrit trouvé à Saragosse (1810), de Jan Potocki. C'est d'autant plus impressionnant de vertige qu'il s'agit-là d'un court roman. Avec un style forcément classique afin de s'imprégner au mieux de l'atmosphère de l'époque, Federico Andahazi nous sert une histoire fantastique intrigante à souhait. Le seul petit bémol, c'est que j'ai eu un peu de mal à prendre au sérieux cette créature mystérieuse qui entre en contact avec le docteur Polidori, montré ici comme un homme imbu de lui-même malgré son peu d'intelligence. Peut-être est-ce une référence qui m'échappe, n'ayant pas lu assez de romans gothiques.

Dans le la lignée des romans qui, dans une partie au moins de leur texte, font référence à la Villa Diodati, il y a l'excellent livre Les Carnets de Victor Frankenstein (2011). Peter Akroyd y donnait une très belle interprétation du mythe fantastique et science-fictif, un peu plus dense et crédible que celui-ci.

Quoiqu'il en soit, j'ai tout de même passé un moment agréable avec cette Villa des Mystères. Récit captivant de bout en bout, malgré les nombreuses incohérences qui émaillent le récit. On passe rapidement dessus tant, encore une fois, ce livre est court (150 pages de lecture effective) et bien écrit.

La Villa des mystères (Las Piadosas) - Gallimard Folio SF - traduction de Claude Bleton - 158 pages - F5 - D.L. : janvier 2004

note : II

A.C. de Haenne

Commentaires

  1. "Un fils de Prométhée ou Frankenstein dévoilé" de René Reouven se déroule aussi dans la villa Diodati.
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    1. Ah oui ? Merci beaucoup pour le tuyau ! Faut que je me renseigne... Ce n'est pas la première fois que Reouven s'empare d'un mythe littéraire. Je pense bien sûr à Sherlock Holmes.

      A.C.

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