Trepalium - série TV

Dans un futur indéterminé, trente ans après l'édification du Mur, la population active n'est plus que de 20% de la population totale. Les chômeurs sont cantonnés dans la Zone, survivant avec difficulté. Après de longues négociations, la Première Ministre annonce que son Ministre du Travail va être libéré par les activistes de la Zone qui le retenaient en otage depuis un an. Pour montrer des signes de détente, elle annonce même la création d'emplois solidaires issus de la population zonarde...

Trépalium (2016, 6x52'), série française réalisée par Vincent Lannoo, avec Charles Berling, Léonie Simaga, Pierre Deladonchamps, Ronit Elkabetz...

On va tout de suite évacuer ce qui ne va pas avec cette série produite par la chaîne franco-allemande ARTE. Comme souvent avec les productions françaises (mais pas que), le rythme est souvent trop lent. Peut-être sommes-nous trop habitués aux films et séries made in USA qui nous donnent à voir des images très rapides (un peu trop peut-être) et des montages à la tronçonneuse. Bien sûr, c'est loin d'être rédhibitoire puisque l'important n'est pas là. Ce qui est un peu embêtant aussi, ce sont les grosses ficelles du scénario, comme cette ressemblance flagrante entre deux personnages, l'un travaillant à Aquaville, l'autre venant de la Zone. Mais bon, comme ça fait avancer l'intrigue, on peut l'accepter. Si la plupart des acteurs sont bons, voire excellents, il y a quelques erreurs de casting, comme la zonarde qui surjoue et est très énervante. Mais heureusement, c'est un cas minoritaire. Enfin, comme il s'agit d'une production française, les moyens sont forcément limités. Et sur l'écran, ça se voit un peu. Les effets visuels ne sont pas à la hauteur de leurs équivalents US. Heureusement, le réalisateur est assez malin pour en jouer aussi. Ce n'est pas parfait, mais ça pourrait être pire... bien pire.

Côté positif, il faut signaler l'ambiance oppressante créée par le réalisateur. Cette idée de dystopie où le travail est une valeur tellement rare qu'il permet de mettre en place une pseudo-démocratie où les "citoyens" (entendez : ceux qui travaillent) n'ont qu'une peur, perdre leur emploi. Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, bien sûr. Et c'est là la grande force de la SF : être le reflet plus ou moins déformé de notre présent. De ce côté-là, on peut dire que Trepalium est une grande réussite. Alors bien sûr, le manque de moyens ne permet pas forcément au réalisateur de s'exprimer pleinement. Mais le côté fauché est transcendé par de très bonnes idées, comme celle de reprendre de vieilles voitures (retro-design ou retro-futurisme ?) et de les rendre modernes en les faisant se mouvoir à l'énergie électrique. Les costumes au sein de la société laborieuse sont aussi très bien trouvés car ils donnent une unité visuelle parfaite, tout de suite identifiable. J'ai aussi beaucoup aimé les épigraphes en début de chaque épisode (comme s'il s'agissait de chapitres d'un roman), avec des citations de Bradbury, Ballard... et Sigmund Freud.

Si la toute fin du dernier épisode m'a un peu laissé sur ma faim, annonçant peut-être la possibilité d'une deuxième saison (qui ne viendra pas, me suis-je renseigné), l'ensemble m'a paru assez convaincant, malgré les faiblesses d'un scénario parfois prévisible. Une belle découverte que je ne peux que conseiller. Parce que, quand même, une série de SF française, c'est une denrée qui se fait tellement rare de nos jours qu'il ne faut pas passer à côté. Et une très belle initiative de la chaîne ARTE, qu'on ne peut que féliciter !

note : II

A.C. de Haenne

chronique réalisée dans le cadre du défi Dystopie :




Commentaires

  1. Comme je te le disais sur les RS, je n'ai pas été emballée du tout par cette série. L'idée est bonne, mais le rendu médiocre. Contrairement à toi, le jeu des acteurs m'a irrité plutôt qu'autre chose et j'ai eu l'impression de voir une pièce de théâtre filmée qu'une série. Bref, j'ai résisté jusqu'au 5ème épisode mais je salue l'initiative d'Arte pour la programmation :)

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    1. Oui, il y a trop peu de séries de SF en France pour ne pas saluer l'initiative. Comme je le dis dans ma chronique, à part quelques soucis de casting, j'ai trouvé les acteurs plutôt bons. Les personnages d'Aquaville m'ont parus excellents dans leur côté parano tant ils ont peur de perdre leur boulot.

      Bref, ça aurait pu être bien pire (j'avais craint cela), et, finalement, ce n'est pas si mal.

      J'espère que d'autres productions de SF made in France suivront...

      A.C.

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  2. Tout pareil, je trouve la série imparfaite (sauf sur l'esthétique que je trouve très réussie) mais c'est français nom de Zeus, faut encourager ça :D

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    1. Voi-là ! Faut encourager plutôt que dénigrer systématiquement parce que c'est français. En espérant que ça donne plein de bonnes idées aux autres !

      A.C.

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  3. J'ai vu les 3 premiers épisodes, mais j'ai raté la suite. Bien sûr je ne peux qu'encourager cette initiative ( pour une fois qu'on nous propose autre chose que des feuilletons policiers un peu mous, ou de l'humour relou). Néanmoins, il y a une chose qui m'a gênée et ça, c'est vraiment ce que je reproche à quasiment toutes les productions françaises, films ou série.. attentions ça va devenir technique: l'équilibrage absolument dégueulasse entre la bande sonore des dialogues et la bande sonore "musique, et effets". Probablement un héritage de la prise de son directe, héritée des années 60, au lieu de post synchroniser les dialogues dont l'enregistrement a un peu raté en direct,on garde tel quel ( ce qui n'est pas le cas dans d'autres parties du monde, ou on n'hésite pas à reprendre les mêmes acteurs et à leur faire réenregistrer les dialogues foirés en studio, il y a une espèce de refus généralisé là dessus en France, qui sépare bien le travail d'acteur de celui de doublage). d'où une bande son " dialogue" souvent inaudible et complètement couverte par les musique et les effets ( ajoutés eux, a posteriori). Je ne sais pas si ce que je raconte est clair, mais peut être parce que j'ai été sensibilisée à ça pendant mes études, ça me..c rève les oreilles. Et c'est usant de devoir toujours se demander " heu, il a dit quoi là, on a rien entendu, articule, bon sang!" ( alors que ça vient probablement plus de la technique que de l'acteur)
    a part ça, j'ai bien aimé la moitié que j'ai vue, même si je ne m'attendais pas à quelque chose du niveau de Real Humans. Mais peu importe le pays, surtout, merci Arte de tenter ce genre de programmation. Je vins de faire un pavé et en fait, il va falloir que je puisse voir la fin pour en faire un vrai billet de blog je pense!

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    1. Ca c'est du commentaire !

      Oui, c'est parfaitement clair. Mais j'ai un contre-exemple à te donner : récemment, je suis tombé sur un épisode de la série "Clem", sur TF1 (en fait, c'était ma fille qui le regardait en Replay). Eh bien, juste quand je tombe dessus, j'entends la voix de Victoria Abril mais je me rends compte que cela ne correspond pas aus mouvements de ses lêvres. C'était de la post-synchro et, franchement, c'était dégueulasse... Mais ce que tu dis est vrai, j'ai aussi remarqué des problèmes de son dans cette série dont je t'engage à rattraper la suite (même si, comme je le dis dans la chronique, la toute fin m'a déçu).

      Un grand merci pour ton passage et ton long commentaire ! Reviens quand tu veux !

      A.C.

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