Le robot qui me ressemblait (The Robot Who Looked Like Me), par Robert Sheckley

Paru en France en 1980 pour la première édition (au sein de la prestigieuse collection Ailleurs & Demain), le présent recueil de nouvelles date de 1987. Il regroupe treize textes, tous traduits par Maud Perrin, sauf un, Je vois un homme assis dans un fauteuil, et le fauteuil lui mord la jambe (trad. de Bruno Martin), nouvelle qui a aussi la particularité d'avoir été écrite en collaboration avec Harlan Ellison.

1. Le Robot qui me ressemblait (The Robot Who Looked Like Me)


illustration de T. Cremonini
Parce que son emploi du temps ne lui permet pas de faire la cour à la femme qu'il convoite, comme il est d'usage, Charles envoie un robot à son image pour se charger de cette tâche. Seulement, le résultat final ne sera pas celui escompté. Nouvelle sympathique sur la déshumanisation de la société (elle a été écrite en 1973) qui se termine sur une chute ironique.

2. Esclaves du temps (Slaves of Time)

L'invention de Charlie Gleister va bouleverser le cours du futur. Sa machine à explorer le temps sera utilisée par un dictateur afin de créer une société totalitaire. Mais en cherchant à remédier à ses erreurs, il se rend compte que le remède est pire que les maux du départ. Bref, c'est le bazar dans l'avenir ! Datant de 1974, cette nouvelle relativement longue joue sur les codes d'une certaine science-fiction qui utilise des mots pseudo-scientifiques. Seulement, à trop vouloir jouer avec les paradoxes, on s'y perd un peu. Voire beaucoup.

3. Des voix (Voices)

Mr West se retrouve un jour dans une bien étrange situation : sa petite voix intérieure, qu'il avait l'habitude d'écouter, ne lui parle plus. Comble d'ironie : il semble entendre les voix d'autres personnes. Mais cela ne lui convient pas vraiment... Courte nouvelle (1973) relevant plus du fantastique que de la SF, cette histoire vaut surtout pour les petites allusions à Dick (et le Yi-king de The Man in the High-Castle) et L. Ron Hubbard (fondateur de la scientologie) et pour une morale pour le moins... amorale.

4. Le Mendiant de l'espace (A Suppliant in Space)

Après avoir été banni de sa planète natale, Detringer erre quelques temps dans l'espace. Accompagné de son fidèle Ichor, il finit par arriver sur un monde inconnu. Mais sa tranquillité est vite troublée par des Terriens tout sauf pacifistes. La confrontation s'annonce houleuse. Encore une nouvelle relativement longue. Ecrite en 1973 (on est encore en plein dans le conflit au Viet Nam), Sheckley dresse un portrait sans concession de ses compatriotes militaires. 

5. Projections privées (Sneak Previews)

Dans ce monde de 2038, il n'est pas recommandé d'enfreindre les lois sur le célibat, qui est totalement proscrit. Or, ce matin-là, Peter Honorius reçoit une lettre lui enjoignant de se marier avant le 1er octobre. Ses alternatives sont limitées s'il veut échapper à cinq ans d'incarcération sur la terrible prison lunaire. Courte nouvelle de 1977, à l'humour très bien senti, et à la chute inattendue (ou presque). Un petit bijou.

6. Zirn abandonné sans défense, le Palais Jengik en flammes, Jon Westerly mort (Zirn Left Unguarded, the Jenghik Palace in Flames, Jon Westerley Dead)

Nouvelle (1972) aussi bizarre que son titre le laisse entendre. Impossible pour moi d'en écrire le pitch, ni d'en faire la critique, vu que je n'ai rien compris. Mais vraiment rien, à part qu'à un moment, ça parle de Carcassonne (Sheckley était un grand voyageur qui, visiblement, aimait beaucoup la France). Heuresement, il s'agit d'une nouvelle très courte.

7. Le Western éternel (The Never-Ending Western Movie)

Washburn est un acteur professionnel qui joue dans Le Film, où sa vie de sherif est mise en scène dans un immense décor de western truffé de caméras. Seulement, Washburn est en fin de carrière et la nouvelle génération de comédiens est bien décidée à lui raffler la vedette, quitte à en passer par un Duel-à-Mort (chaque acteur signe un contrat stipulant cette possibilité de mise à mort en direct). Dans cette superbe nouvelle datant de 1976, Sheckley dépeint les prémisses de la télé-réalité (ou des snuff movies). Il faut rappeler que l'écrivain étasunien est aussi l'auteur du Prix du danger, roman à l'origine de l'adaptation ciné signée Yves Boisset.

8. Qu'est-ce que la vie ? (What Is Life?)

Très courte nouvelle de 1976 sur le sens de la vie, avec une chute assez surprenante.

9. Je vois un homme assis dans un fauteuil, et le fauteuil lui mord la jambe (I See a Man Sitting on a Chair, and the Chair Is Biting His Leg), par Harlan ELLISON & Robert SHECKLEY. 

Joe Pareti est un ramasseur de vase qui se tue à la tâche au beau milieu de l'Océan Atlantique qui a subi, comme toutes les mers du monde, de terribles transformations écologiques que les hommes tentent d'exploiter. Mais Pareti attrape la maladie de la vase, une pathologie qui se développe différemment suivant les individus touchés. Devenu bon-à-rien, on le congédie... Longue nouvelle datant de 1968 et écrite à quatre mains, cette histoire débute sur un postulat assez bizarre, avant de bifurquer vers un récit plutôt extravaguant (à l'image du titre). Une curiosité.


10. Que font donc les gens quand ils se sentent tous seuls ? (Is That What People Do?)

Si Eddie Quintero avait su ce qui allait lui arriver en achetant ces drôles de jumelles, il y aurait peut-être réflechi à deux fois. Seulement voilà, il l'a fait... Drôle de nouvelle que celle-la ! Si le postulat de départ de cette histoire écrite en 1978 est intéressant (voyeurisme, mais pas forcément sexuel), le traitement et surtout la chute ne sont pas à la hauteur. Dommage. 

11. Les Souhaits de Silversmith (Silversmith Wishes)

Un soir, Silversmith rencontre un drôle d'individu qui finit par lui avouer qu'il peut accéder à toutes ses requètes, réaliser tous ses souhaits... Encore une histoire assez bizarre, dont on sent la fin venir. Courte nouvelle écrite en 1977, elle n'est tout de même pas trop désagréable à lire, et c'est déjà ça.

12. Terminusville (End City)

Malgré l'immensité de sa fortune, un milliardaire est contraint de se poser sur Terminusville, le pire endroit de la galaxie. Nouvelle très courte (1974), cette histoire à la construction non linéaire doit avoir une morale intéressante. Malheureusement, celle-ci m'a échappé. 

13. Les Derniers jours de la Terre (parallèle ?) (The Last Days of (Parallel?) Earth)

La fin du monde est proche. Comment réagir à cette annonce des derniers jours de la Terre ? Drogue, sexe ou voyage à l'autre bout du monde, chacun tente de trouver une solution. Courte nouvelle datant de 1980 en forme de conclusion. Cela tombe bien, c'est la fin du recueil.

Pour conclure à mon tour, je peux dire que j'ai passé un moment globalement agréable à la lecture de ce recueil de treize textes. Certes, toutes ces histoires ne se valent pas, mais il y en a au moins deux ou trois qui sont nettement au-dessus du lot, justifiant sans souci qu'on jette plus qu'un oeil distrait à ce bouquin. Il y a bien deux nouvelles trop hermétiques pour moi, mais rien de rédhibitoire là-dedans. Je tiens ici à remercier l'ami Eric qui, en me prêtant ce livre, m'a permis de découvrir un auteur, Robert Sheckley, que je n'ai pas l'intention de lâcher de sitôt.

Le robot qui me ressemblait - J'ai Lu - traduction de Maud Perrin & Bruno Martin - 222 pages - D.L. : juillet 1987

note : II

A.C. de Haenne

Cette chronique a été joyeusement réalisée dans le cadre d'un joli éventail de challenges. Tout d'abord, commençons la recension par le plus évident, le CRAAA (snif, bientôt fini) :


Ensuite, il y a le Challenge Dystopie (oui, deux nouvelles au moins nous parlent d'un monde où le futur n'est pas très rose, loin de là) :



Il y a aussi le Summer Short Stories of SFFF :



Après, cette chronique va remplir deux items (#14 (pour la nouvelle n°9) & #19) du challenge SFFF & Diversité :



Et, last but not least, grâce aux nouvelles 4 et 12, cette chronique va aussi faire une première apparition dans le challenge Summer Star Wars 7 :





Commentaires

  1. Tiens, c'est étrange, je n'ai jamais croisé ce recueil dans ma jeunesse. J'avais adoré les nouvelles du recueil Opta illustré par Moebius.

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    1. Il a fallu qu'on me le prête pour que je connaisse...

      A.C.

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  2. Dans les années 80, il avait assez la cote.

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    1. Mais il reste tout de même assez peu connu. A part peut-être d'une "élite" éclairée.

      A.C.

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    2. Tout à fait d'accord :-) Il n'a pas écrit de saga populaire, le format de la nouvelle humoristique n'est pas apprécié en France, il n'y a pas eu de film tiré de son œuvre... Si tu as l'occasion lit des nouvelles de ses deux personnages qui cherchent à faire fortune, c'est assez jubilatoire.

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    3. Quel titre, STP ?

      Sinon, j'ai la série de romans (trois, si mes souvenirs sont bons) qu'il a écrits avec Zelazny : "Le Concours du millénaire". Faut que je lise ça aussi.

      A.C.

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    4. J'en ai lu un, ça ne m'a pas laissé un souvenir inoubliable...
      Je ne me rappelle plus le titre des nouvelles mais on en retrouve dans le Livre d'Or: http://www.li-an.fr/blog/bouquins/le-livre-d-or-de-robert-sheckley-presses-pocket/

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    5. Et tu n'as pas voulu connaître la suite ?

      Faut que je vérifie dans mes Livres d'Or, alors. Merci du tuyau.

      A.C.

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    6. Je n'ai pas trouvé ça très drôle, c'était moins bien que du bon Zelazny ou du bon Sheckley. Inutile de perdre son temps... Mais il semblerait que d'autres aient trouvé cela excellent...

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    7. Tant pis, je l'ai en intégrale FolioSF, faudra que je tente quand même...

      A.C.

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  3. Hello, quelques précisions en coup de vent (en vacances loin de chez moi) :
    Le recueil dont parle Li-An, c'est "Les Univers de Robert Sheckley" au CLA (Opta) - un must.
    La série de nouvelles dont elle parle concerne l'AAA Ace (ainsi nommé pour s'assurer une place de choix dans l'annuaire), le service de décontamination planétaire d'Arnold & Gregor, 2 zozos qui cherchent effectivement à faire fortune et se mettent dans des situations pas possibles. Excellent de chez excellent.
    La nouvelle la plus connue du lot (et de l'oeuvre entière de Sheckley d'ailleurs) c'est "La clef Laxienne" (à lire ici : https://www.ac-clermont.fr/disciplines/fileadmin/user_upload/Lettres-Histoire/pedagogie/1_BAC_F/etude_oeuvre_integrale__La_cle_Laxienne_bac_pro_1.pdf), aussi adaptée en mini BD avec Han Solo en perso principal (à lire ici : http://fr.calameo.com/read/0014598166e7b9b3a187d).
    Les autres nouvelles de la série sont : "Une tournée de laitier", "Fantôme V", "Des poux", "La Révolte du bateau de sauvetage", "La Seule chose indispensable" et 2 textes inédits.
    Côté adaptation, il y a quand même eu "Le prix du danger" (avec Gérard Lanvin) et "Freejack" (avec Emilio Estevez & ... Mick Jagger).

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    1. Merci pour ces précisions éclairantes !

      En ce qui concerne les adaptations, autant j'étais au courant pour "Le prix du danger" (je l'ai même signalé dans ma chronique), autant je l'ignorais pour le film avec Jagger (dont je ne garde pas un souvenir impérissable ; j'ai l'occasion de le revoir, faudrait que je rentente le coup avec cette info en tête).

      A.C.

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    2. De mon point de vue, "Le prix du danger" anticipe clairement le "Running man" de Stephen King.
      Sinon "Freejack" (une bouse), c'est l'adaptation du roman "Le Temps meurtrier" (aussi traduit sous le titre "Éternité société anonyme").

      P.s : côté recueil, outre ceux cités, "Le prix du danger" est excellent.

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    3. D'ailleurs, il n'y a pas eu un procès pour plagiat ?

      (et ce n'est pas Bachman qui a écrit "Running Man" ? ;-) )

      A.C.

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    4. C'est Sheckley qui a plagié par anticipation Bachman/King.
      (idem pour Matheson avec "Le Distributeur" plagiant par anticipation "Bazaar")

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    5. "Plagiat par anticipation"... ça se plaide au tribunal, ça ?

      A.C.

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    6. Oui, au tribunal des flagrants délires.

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  4. J'suis un garçon :-) On ne peut pas dire que les adaptations soient hyper connues chez les jeunes :-)

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    1. Moi je le savais que tu étais un garçon... ;-) Mais c'est vrai que le pseudo peut porter à confusion.

      A.C.

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    2. @ LI-An :
      Oups !
      pardon...

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  5. Pss compte aussi pour l'item 18 (livre traduit)
    ;)

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    1. Merci. Je croyais avoir déjà coché cette case...

      A.C.

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