L'Education de Stony Mayhall (Raising Stony Mayhall), par Daryl Gregory

1968. Sur une petite route de l'Iowa, par une terrible tempête, Wanda Mayhall conduit la voiture qui les ramène chez elles, elle et ses trois filles. Soudain, l'aînée s'écrie qu'elle a vu quelque chose sur le bord de la route. La mère arrête le véhicule et s'approche. Il s'agit d'un cadavre, celui d'une jeune fille. Mais dans son giron se trouve un bébé, gelé, que Wanda ne peut se résoudre à laisser comme ça, sur le bord de la route. C'est une fois arrivées à la maison qu'elles vont faire une découverte incroyable : le bébé est bien mort, mais il bouge. Ni une ni deux, elles décident de l'adopter. John, dit Stony, fait à présent partie de la famille Mayhall. Mais son état le met en danger, elles devront donc le cacher...

illustration d'Aurélien Police
De toute la vague zombie qui a déferlé en littérature, je n'ai lu qu'un seul livre et il s'agissait d'une petite pépite : World War Z, de Max Brooks. Non pas que le genre ne m'intéresse pas (je suis assez fan des très allégoriques films de Romero, entre autres), mais comme on ne peut pas tout lire, il faut bien faire des choix. Le bouquin de Brooks m'avait paru être un incontournable. Tout comme le roman de Daryl Gregory que je présente ici. Pour dire la vérité (et pour raconter un peu ma vie), lorsque j'ai rencontré l'auteur étasunien aux dernières Utopiales (très charmant, soit dit en passant), j'ai hésité entre deux de ses livres, tous les deux parus aux éditions Le Bélial'. Il y avait celui-ci, donc, et l'excellent roman Nous allons tous très bien, merci. De sombres considérations financières (les Utopiales, c'est le Mal) m'ont fait choisir ce dernier (oui, il est à 16€ seulement), tout en me disant que je finirais bien par trouver celui qui nous intéresse ici. Et c'est ce qui s'est passé cet été. Ainsi ai-je passé une courte partie de mes vacances à dévorer du zombie !

A l'instar de Glen Duncan et de son Le Dernier Loup-Garou, où une partie de l'intrigue était vue par le biais de la bête, Gregory nous expose lui aussi son histoire vue par les yeux de celui qui, d'habitude, est le monstre qui cherche à manger le cerveau du personnage principal. En grand amateur des genres et de la culture pop (il l'avait déjà montré avec son Nous allons tous très bien, merci, déjà cité), Daryl Gregory nous présente un monde en très léger décalage avec le nôtre. Un univers où les zombies existent vraiment (malgré toutes les possibilités scientifiques que cela implique, au grand desespoir du jeune Stony qui cherche à comprendre sa condition de mort-qui-bouge-malgré-tout) et où le film de Romero de 1968, La Nuit des morts-vivants, est un documentaire et non pas une fiction. Tout au long de sa "vie", qui au final sera relativement longue, Stony Mayhall n'aura de cesse d'éviter la Grande Morsure, cet instant où tout risque d'être bouleversé, où le monde basculera dans le chaos... Pourra-t-il vraiment faire en sorte que ce moment n'arrive jamais, quand bien même sait-il que ses semblables, pourchassés par les Fédéraux, sont de moins en moins nombreux ?

Beaucoup de choses nous sont racontées dans ce roman, et de merveilleuse façon. Bien plus encore que dans Nous allons tous très bien, merci, où l'auteur prenait grand soin de son style, ici Daryl Gregory cisèle ses phrases à la perfection (style très certainement rendu à la perfection par la traduction de Laurent Philibert-Caillat, déjà à la manoeuvre dans l'autre roman cité plus haut). Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, c'était déjà Aurélien Police qui signait l'incroyable illustration de Nous allons tous très bien, merci. Là, dans un style assez différent, il nous offre encore une magnifique couverture qui colle parfaitement à l'histoire. Pour l'anecdote, Daryl Gregory m'avait avoué qu'il appréciait beaucoup le travail de Police sur ses bouquins.

Si ma chronique de L'Education de Stony Mayhall vous arrive en ce début du mois de septembre 2016, ce n'est peut-être pas un hasard (ben oui, on ne sait pas ; les forces de l'esprit, tout ça...). En effet, je peux vous annoncer que ce roman splendide va poursuivre sa carrière en sortant en poche, le lundi 8 septembre, aux éditions Pocket. Vous n'avez donc aucune excuse : précipitez-vous dessus et dévorez-le à pleines dents ! Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, le nouveau roman de Daryl Gregory (enfin, nouveau, en ce qui concerne l'édition française), Afterparty, un techo-thriller déjanté comme il se doit, déboule sur nos étalages de librairie, le 22 septembre prochain (avec toujours le duo Philibert-Caillat/Police à la traduction/illustration ; que demander de plus ?) !

Bref, vous l'aurez compris, j'ai adoré ce petit bijou d'intelligence et de drôlerie, même si c'est souvent doux-amer.

L'Education de Stony Mayhall (Raising Stony Mayhall) - Le Bélial' - traduction de Laurent-Philibert Caillat - 448 pages - 23€ - D.L. : août 2014

note : IV

A.C. de Haenne

A signaler en passant que j'ai trouvé cette lecture de vacances dans la très belle médiathèque de Talmont-Saint-Hilaire (85).




Commentaires

  1. J'ai adoré ce bouquin. Lu l'été dernier vraiment par hasard, et je l'ai dévoré, cervelle comprise. Ce petit ovni est mon livre de l'année 2015.
    Ta critique résume parfaitement mon sentiment d'alors.
    Je suis d'ailleurs très heureuse de la sortie d'un prochain Daryl au mois de septembre...

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  2. Mon coup de coeur de ce joli mois d'août !

    Oui, moi aussi je suis impatient de voir ce que va donner le prochain roman de Gregory.

    A.C.

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  3. Il est sur ma wish list, faut que je pense à l'emprunter à la bibliothèque un de ces 4...

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    1. Ouh la, malheureuse ! Cesse immédiatement tout ce que tu faisais jusqu'ici pour te plonger dans ce roman. Tu me remercieras après !

      A.C.

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  4. Je n’ai lu aucun de ces livres de zombie mais la thématique ne m’a jamais passionné - comment un zombie peut-il survivre plus de trois jours sans manger ?

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    1. Parce qu'il est mort(vivant) ?

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    2. Il faut lire "L'Education de Stony Mayhall" pour le comprendre. Ou pas. Non, ce livre va bien au-delà de la simple problématique des zombies.

      A.C.

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